Discriminations

30 ans après la marche pour l’Egalité et contre le Racisme, entre déception et amertume

En décembre 2013, la marche de l’égalité  fêtera ses 30 ans.
En ce 21 Mars, journée Internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, la Maison des Potes Grand Lyon est allée à la rencontre de deux témoins importants de cette époque, où révolte et espoir se marient pour donner naissance au combat pour l’égalité et au plus grand mouvement issu des quartiers populaires depuis la décolonisation.

marche 1983 (2)

Pour nous éclairer, interview de Yaya Camara (Y.C)  ancien marcheur et de Lotfi BenKhelifa (L.B) adjoint à la ville de Vénissieux, ville-berceau de cette lutte.

Interview réalisé les 18 et 20 Mars 2013. 

MDPGL : Yaya, Lotfi, Dans quel contexte historique se situe la marche ?
Y.C : Les jeunes issus de l’immigration ne se sentaient pas chez eux, les médias ne montraient aucune diversité à l’époque. Les droits n’étaient pas les mêmes pour tous et, de surcroît, il y avait de la violence, due en partie à la ghettoïsation. Une reconnaissance de l’égalité des droits devait se faire.
L.B : Il y avait un ras le bol général des jeunes, trop souvent laissés pour compte ; la marche a été entamée suite une attaque policière armée sur un jeune, Toumi Djaidja. La marche pour l’égalité est inspirée de la marche Afro-Américaine pour le droit de vote et de la marche du Sel menée par Gandhi.
MDPGL : Quels liens y avait-il entre les associations militantes antiracistes ?
Y.C : L’esprit était beaucoup moins dans une optique de concurrence à l’époque. Il y avait beaucoup plus d’unité, même si chacun avait sa manière d’intervenir. Personne ne souhaitait avoir le monopole du combat antiraciste, ce qu’on voulait c’était avancer dans le même sens.

MDPGL : Au niveau politique, la lutte contre les discriminations est-elle plus appliquée qu’à l’époque de la marche ?
Y.C : Concrètement, non. Les lois existent mais elles ne sont malheureusement pas appliquées.  Certaines entreprises, d’ailleurs, pratiquent les discriminations par code. C’est le cas notamment de certaines boîtes de nuit, mais aussi dans des agences d’intérim. 30 ans après la marche, les revendications n’ont pas abouti.
L.B : Je dirai la même chose, les revendications n’ont pas abouti. Même pour les femmes ça reste très durs, et pour ce qui est de la diversité, n’en parlons même pas. Les politiques CROIENT lutter contre les discriminations en faisant de la rénovation urbaine. Ce n’est pas suffisant.

MDPGL : Faut-il refaire une marche ?
Y.C : Oui, pour un rappel.
L.B : Selon moi, il faut une révolution citoyenne, il faut que les jeunes se mettent à voter et il faut aussi prendre en compte le vote blanc.
MDPGL : Pensez-vous qu’aujourd’hui, l’engagement pour cette cause est tout aussi important qu’à l’époque ?
Y.C : Aujourd’hui, il y a moins de militants parce que les gens sont blasés. Il reste une poignée de militants qui croient à l’égalité, mais, comme je l’ai dit, les revendications n’ont pas abouti, ce qui  fait que les gens trouvent ça inutile, bien que beaucoup  se sentent concernés.
L.B : Et puis, il y a une banalisation du fascisme. Parfois j’entends des gens de gauche parler comme l’extrême droite. Ça fait peur.

marche des beurs     Aux dires des ces acteurs, le constat est amer. Pour eux, RIEN n’a donc évolué. En 30 ans, les discriminations sont toujours là. Le constat à faire est d’autant plus alarmant quand on sait que les politiques croient lutter pour l’égalité en se contentant de faire de la rénovation urbaine.

Peu des revendications de l’époque ont abouti.  La judiciarisation de la lutte contre les discriminations reste de façade et n’a pas forcément d’impact (rare sont les condamnations et long est le chemin devant les tribunaux).

Les scores des partis d’extrême droite et la poussée du communautarisme démontrent une crispation de la société et les replis identitaires.
Le mouvement populaire spontané de l’époque a vu fleurir d’innombrables associations mais aujourd’hui, les baisses de financement et les divergences font qu’elles passent du temps à se taper dessus. L’antiracisme est en crise, sa légitimité est remise en cause car le militantisme antiraciste n’a plus aucune crédibilité.
A l’époque du tout profit, du chacun pour soi, les associations font la course au monopole du combat antiraciste pour les quelques miettes que les financeurs daignent leur accorder.
C’est donc dans une démarche totalement différente qu’il faut s’inscrire. Il faut valoriser les actions concrètes, renforcer les partenariats tout en étant solidaires pour devenir une vraie force de pression et de propositions à l’égard des pouvoirs politiques pour enfin faire de l’ Egalité Une Réalité.

Interview réalisé par Etienne HartmannLe Verbe Populaire

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s