Tribunes

Le fascisme insoupçonné

Chère lectrice, cher lecteur,

C’est au sortir de cet article que peut être vous vous rendrez compte, avec une stupeur effroyable, que vous êtes fasciste. Dans le cas contraire, j’aurai la fâcheuse responsabilité de vous avouer que vous êtes odieusement présomptueux. Pour ma part, je mettrai ma plume à défenestrer qu’il y’a bien des sujets sur lesquels j’ai quelques carences élémentaires et si tôt rencontrés, je préfère écouter. Une vie n’a jamais suffi à combler le néant des idées du passé et du présent qui ont été colportées sans vérifications préalables et personne, je dis bien personne, n’est à l’abri de ne pas s’être vu y participer. Irrémédiablement, notre histoire détermine notre point de vue.

N’avez-vous jamais réfléchi à cette question, remarqué ce dilemme, été pris par cette schizophrénie latente qui nous habite en permanence et nous tiraille malgré nous, à savoir : la cohabitation de la défense de nos convictions d’une part et la présomption d’erreur et de relativisme, d’autre part, qui incombe à notre point de vue pour s’offrir à un vrai débat d’idée? C’est l’hésitation prolongée entre la ferveur et l’humilité. On se dit souvent ouvert et tolérant et pourtant à un certain seuil, le sujet en question est même déjà au delà de l’indécence. Mais ce seuil est-il le même pour tous? Avons-nous tous la même perspective? Et qui doit tracer les frontières de l’acceptable, et avec quelle légitimité? De fait, il ne peut y avoir de sujet sur lequel il y aurait telle ou telle limite. La loi Gayssot de 1990, dite loi mémorielle, en est un exemple idoine. Du prosélytisme, des répercussions néfastes que pourraient engendrer telle ou telle opinion sur des personnes influençables, je dis qu’ils ne sont pas suffisants pour discréditer l’impérieuse nécessité qu’a la liberté de recherche et d’expression d’évoluer sans carcans. Pourquoi? Parce que l’éducation viendra en son temps et d’ailleurs je préfère mille fois des gens qui se trompent mais qui sont ouverts au dialogue plutôt que l’inverse.

« A l’heure actuelle, mon avis est que le mal n’est jamais « radical », qu’il est seulement extrême, et qu’il ne possède ni profondeur ni dimension démoniaque. Il peut tout envahir et ravager le monde entier précisément parce qu’il se propage comme un champignon. Il « défie la pensée », comme je l’ai dit, parce que la pensée essaie d’atteindre à la profondeur, de toucher aux racines, et du moment qu’elle s’occupe du mal, elle est frustrée parce qu’elle ne trouve rien. C’est là sa « banalité ». Seul le bien a de la profondeur et peut être radical. »

Le calque avec ce texte iconoclaste d’Hannah Arendt peut sembler quelque peu anachronique or il me semble être d’un parallèle quasi géométrique. Sa quasi objection, sur la « banalité du mal » lors du procès d’Eichman à Jérusalem concorde parfaitement avec notre version édulcorée et indéterminée du fascisme. Le mal s’exprime par des personnes « insignifiantes » disait-elle, alors évidemment sans nier l’Histoire, ou les sociétés totalitaires, des années 1930 à nos jours, admettons que le fascisme peut aussi s’incarner insidieusement chez vous et moi dans le pure prosaïsme de l’anodin, sans frapper à la porte, tel l’ennui de Baudelaire dans sa préface des Fleurs du Mal. Un avocat américain, Mike Godwin, a rédigé en 1990 une loi péremptoire, très empirique, qui a fait date dans l’histoire de la rhétorique : la loi de Godwin. Plus une discussion dure longtemps et plus forte est la probabilité qu’il y ait une comparaison impliquant Adolf Hitler ou les nazis pour discréditer son adversaire lâchement. Pas besoin de vérifier, allumez votre télé. Le terme fasciste a été pris scrupuleusement au hasard. Il désignait rappelons-le, en U.R.S.S, sous Staline, tous les opposants au régime. Ce titre a-t-il conservé toute son auguste crédibilité? Mais aujourd’hui ne serait-ce pas plutôt… Fasciste : tout individu ne pensant pas comme moi. Ainsi, si l’on suit Noam Chomsky pour qui la liberté d’expression concerne précisément toutes les idées auxquelles nous n’adhérons pas, alors par induction : il faut faire parler les « fachos ».

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Mais qui sont les fachos? Difficile de répondre. Réactionnaires? Nationalistes? Racistes? Homophobes? Un amalgame est si vite arrivé, le mot en est réduit à une absence de sens, dérangeant étant donné que nous l’entendons tout le temps. Les identitaires en sont des versions bien trop grossières pour être difficiles à identifier. Fascistes aussi, et surtout, ceux qui participent à la censure en tout genre, ceux qui restent inflexibles, ceux qui ne restent pas attentifs au monde qui nous entoure et qui de fait, laissent l’espace aux laisses verrouillant notre intégrité.

Le fascisme insoupçonné dans notre monde occidental n’a pas le monopole du particulier ; il s’élargit aussi dans notre simulacre de démocratie, dans notre organisation oligarchique et procède donc en ce sens par vase communicant. En l’état, notre système démocratique n’est pas plus qu’un sketch de Guignol où Canal joue plus le rôle d’un Niafron involontaire, que de l’irrévérencieux contestataire inscrit dans la tradition de la satire politique française. Notre démocratie nous a conduit, en dépit du référendum de 2005, à l’Union Européenne, un joli label de la considération de la caste politique pour nous le peuple, les intouchables. Démocratie, rappelez-moi le sens? Le pouvoir au peuple? Curieux… Démocratie? Seul système politique aujourd’hui dont le sens et l’application concrète sont à milles lieues l’un de l’autre. Avec un taux d’abstention avoisinant les 20% pour les dernières présidentielles, l’absence de choix de l’alternance droite/gauche que propose les élections, le pouvoir incommensurable des commissaires européens et surtout compte tenu du désengagement au quotidien de notre vie citoyenne, notre démocratie bat de l’aile et la colombe ne servira pas les grecs dans leurs naufrage. L’argument revenant comme un leitmotiv pour justifier les politiques de surveillances et autres prémisses totalitaires : la lutte antiterroriste. C’est ainsi que le Patriot Act a été créé aux Etats-Unis après le 11 septembre et par contagion dans l’U.E. : INDECT : des systèmes de surveillance intelligents, l’espionnage internet, la Stasi revisitée. La liste est longue et ne sera pas ici exhaustive : une presse et politique inféodées à l’économie, la difficulté de création d’un parti politique, censure en tous genres. Porté sur la critique, mon article n’en préfère pas moins anticiper l’auto-critique et proposer l’embryon d’une alternative pour sauvegarder la démocratie.

imagesC’est ainsi que j’entends souvent que « la fin justifie les moyens ». Justement pas! La fin ce sont les moyens, le pourquoi est le comment de l’exercice, de l’expression de notre démocratie. Que préconiser alors? Une version plus réduite. J’entends par là une version régionale de la démocratie, des régions toutes connectées entre elles, respectant les mêmes réseaux, superstructures que les pays et l’U.E, mais avec une indépendance irréprochable dans son fonctionnement. Nos petites démocraties seraient basées sur le modèle des cités du type d’Athènes dans l’Antiquité, modèle démocratique, si l’on ne comprend pas la condition des esclaves et des femmes, à son apogée puisque c’est à cette époque-ci que la vie politique était la plus riche, la plus concrète. Etienne Chouard nous propose des élections qui se feraient par tirage au sort pour tendre à une abrogation du pouvoir, les dés sont jetés. L’urgence est à l’autonomie car aujourd’hui, s’il en est, le fascisme à l’échelle internationale c’est la mise sous tutelle économique d’un pays. La question est en construction, certes, et recèle quelques résidus d’utopie mais réfléchissez-y tout de même.

Alors suivez cette voie jeunes auto-stoppeurs politiques qui avancez à tâtons dans les grands boulevards des idées pré-conçues, embrigadez-vous pour mon dogme, qui n’en est pas un. Ce n’est pas du national-socialisme, c’est juste du régional-socialisme, c’est encore pire.

Par Marssoul PrestLe Verbe Populaire

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4 réflexions sur “Le fascisme insoupçonné

  1. Article qui ne manque pas de style mais au fond et à la portée assez incompréhensibles. Où voulez-vous en venir ? Une version régionales de la démocratie ?

  2. Oui, il y a quelques imperfections, c’est unanime, c’est mon premier article. Le but était d’articuler par un dé-zoom le lien entre le fascisme à l’échelle individuelle et à l’échelle européenne. Pour lutter contre le fascisme, il faut aller à l’essence de la démocratie, c’est à dire la réduire à un niveau où chaque citoyens aurait une place, une incidence, sur un « pouvoir » qui a été dépossédé. Cela n’est possible qu’à une échelle réduite : des régions, des fédérations qui tendraient autant à l’auto-gestion qu’à l’ouverture, l’enjeu est là. C’est une balle lancée en l’air.

    • Je m’excuse mais je ne comprends toujours pas. Si je tente néanmoins de vous suivre, je regrette que vous ne disiez pas clairement que l’essence de la démocratie se trouve dans la commune. Nous avons 36 000 en France (de 0 à plusieurs millions d’habitants), chacune d’elles est utile. Ce sont toutes les structures intermédiaires qu’il faut supprimer ou réduire à leur plus simple appareil (comme bras armé de l’Etat). A mon sens, la démocratie se trouve entre la commune et la nation, pas au-dessus c’est certain (c’est ce que vous semblez suggérer). Les régions, telles qu’elles sont conçues actuellement (PME qui ont vocation à supplanter les Etats pour ne servir que comme unique intermédiaire aux institutions européennes) doivent être également supprimées.

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