Société

Ratonnade ou lutte des classes ? Acte II

« Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage« , écrivait Périclès. Sujet incontournable, concept inépuisable, la liberté n’a de cesse de nous obséder et de nous interroger. Le sentier qui mène à celle-ci est étroit et sinueux mais s’impose comme condition sine qua non du bonheur. Mais souhaitons-nous véritablement être libre ? « L’homme moderne veut l’apparence de la liberté mais n’être responsable de rien« , déclarait Jacques Ellul. Celui-ci désire ardemment être libre sans en assumer les devoirs et les conséquences. Fondamentalement, celle-ci est exigeante, difficile et âpre ; l’homme moderne infantilisé et aboulique ne chercherait-il pas plutôt le confort et la sécurité en dernière instance ?

Après cette logorrhée de généralités, partant du postulat que nous sommes libres, ce qui peut sembler quelque peu farfelu, il convient d’identifier les causes qui menaceraient notre liberté. A l’instar de notre médecine moderne, la politique contemporaine consiste à se concentrer sur les conséquences et rarement sur les causes. Cette polarisation des symptômes ne permet pas la guérison des différentes pathologies. Il apparaît nécessaire d’identifier les causes – étiologie – des différentes maladies ainsi que leurs mécanismes – physiopathologie. Une approche superficielle, qui est la conception dominante, abondamment et sournoisement distillée, conduirait à identifier deux facteurs prédominants : le racisme et la religion. Babillages. Selon la méthodologie habituelle, tentons de tordre le coup à ces quelques lieux communs puis, modestement, d’apporter quelques éléments de réponse.

Haine et question identitaire – Concept quelque peu galvaudé, le racisme doit être entendu non pas comme hiérarchie des races mais comme xénophobie. Il convient de distinguer, selon l’orthodoxie moderne, racisme et antisémitisme. Ce dernier obtient un statut dérogatoire depuis 1945 et a été érigé en priorité nationale par le manager de la succursale France : François Hollande. Dans une société française en pleine mutation anthropologique et culturelle, dominée par une civilisation libérale et capitaliste, en phase terminale d’anglo-saxonnisation, la question identitaire occupe une place prépondérante. Question légitime dans un contexte de globalisation mais qui ne doit pas être confondue avec une grille de lecture ethnico-religieuse omniprésente. Cette thématique imposée par nos élites prend racine dans un contexte économique et financier exécrable et pourrait facilement être évacuée par un retour au plein emploi. Cependant, cela ne conduit pas pour autant à nier certaines discriminations, animosités voire xénophobies – partagées par toutes les communautés – mais laisse perplexe quand l’antiracisme subventionné s’entend comme la lutte contre le contrôle au faciès et la discrimination à l’entrée des discothèques. Toutefois, il est à noter qu’il existe un racisme autorisé et encouragé : l’islamophobie.

Opium du peuple et marché – La religion – soit un obscurantisme intrinsèquement violent, intolérant et archaïque – menacerait notre société française moderne et sécularisée. La laïcité, à sa genèse comprise comme la séparation de l’Eglise et de l’Etat et garantissant aux citoyens l’exercice de leur religion, se mue actuellement en croisade contre ladite religion. Dévoyée, la laïcité est la transposition de la théorie néoconservatrice du choc des civilisations. Ergotant sur le hijab à l’université, vociférant sur la viande halal ou la construction de mosquées, toute manifestation ostentatoire est perçue comme un danger potentiel. Il est à noter qu’une religion ne se réduit pas à un prêt-à-porter. La modernité comprise comme un progressisme inéluctable et totalitaire imposerait d’abandonner ces superstitions et ce folklore primitif. Désacralisation de tout à l’exception de la marchandise. En d’autres termes, passer du monothéisme transcendant au monothéisme du marché soit un matérialisme et un consumérisme dogmatiques et intégraux.

Modernité et individualisme – Grosso modo, cette vulgate empêche la critique radicale, entendue non pas comme une branche de la philosophie mais comme critique qui ambitionne d’identifier les racines du problème. Disons le franchement, notre liberté est menacée par notre indifférence à l’égard de l’autre, mise en péril par notre individualisme exacerbé et notre égoïsme forcené[1]. Symptômes de notre société moderne et libérale : l’avènement d’une monade libre et autosuffisante, et l’absence de lien et de solidarité qui déstabilise notre vivre-ensemble. L’homme est un animal social interdépendant. Après réflexion la religion et la xénophobie ne paraissent-elles pas superfétatoires ? De plus, nous sommes devenus tolérants à des injustices et des inégalités manifestes mais extrêmement intolérants idéologiquement. Sectarisme et étroitesse idéologiques qui font fi de toute forme de logique et d’honnêteté intellectuelle. Incapables d’envisager la possibilité qu’un adversaire puisse avoir raison à certains égards. Réflexion par paralogisme. En des termes plus accessibles : A urine sur B. C adversaire de B lui explique que A lui urine dessus. B refuse de le croire et conclut à une intempérie.

Droits individuels et égocentrisme – Le citoyen moderne est trop occupé à contempler son nombril et à défendre ses droits individuels, rendant ainsi désuète toute démarche collective pour assurer la satisfaction de l’intérêt général. Cette conception hédoniste et narcissique conduit à la revendication illimitée de droits individuels sans jamais s’interroger sur nos devoirs respectifs et notre responsabilité personnelle. Passif, infantilisé et égocentrique, le consommateur moderne est obnubilé par l’acquisition de son écran plasma, du dernier I-phone ou d’un week-end bon marché à l’étranger sans jamais s’interroger sur sa place et son rôle au sein de la collectivité. Apathique, emprunt d’aigreur et de frustration, celui-ci semble incapable d’identifier les véritables responsables, vilipendant les Roms, l’islam ou les fascistes dans un théâtre politique proche de la tragi-comédie

Obsolescence du clivage gauche-droite –  Cette mythologie politique avec ses catégories de domination sont en train d’imploser. La volatilité de l’électorat et la défiance généralisée du peuple à l’endroit des élus en est une parfaite illustration. Quatre décennies de politiques caractérisées par une continuité incontestable sur les grandes orientations politiques et économiques. Quatre décennies de transfert de compétence à des institutions supranationales illégitimes, d’alternance sans alternative qui ont accouché d’un système oligarchique au vernis démocratique. L’omniprésence des questions sociétales afin de masquer la soumission des différents partis à l’économie de marché et à la dérégulation financière permet ainsi de feindre des divergences.

 

Épouvantail et alternance unique[2]  – Tentons sommairement une synthèse politique. Le fascisme se matérialiserait politiquement par le front national, ce qui nécessiterait un front républicain ayant comme conséquence un chantage systématique au vote utile. Ce serait eux ou le retour du IIIème Reich. Une vilénie politique ayant comme seul moyen rhétorique l’anathème et la réductio ad hitlerum. En des termes plus explicites, le front national[3] est un épouvantail conçu pour assurer la pérennité de l’alternance unique – UMPS – soit les deux partis qui se partagent le pouvoir depuis quarante ans. Il convient de préciser, afin de lever toute ambiguïté, que la dénonciation d’un bipartisme sclérosé ne revient pas à soutenir le front national. Dès lors, cette acception surannée du fascisme semble de plus en plus contestable et nécessite une remise à jour.

Fascisme et antifascisme – La lutte antifasciste est un leurre et un fonds de commerce. Que dis-je c’est un leurre, c’est de la rébellion de confort et de la subversion subventionnée. Il suffit pour s’en convaincre de faire l’aggiornamento du concept de fascisme. L’acception contemporaine serait, sans aucun doute, le système de néo féodalisme financier garanti par le servage de la dette[4]. Celui-ci nous conduirait à la dénonciation de Goldman Sachs et de tous les seigneurs de la finance qui mettent à genoux tous les peuples du monde, du lobby militaro-industriel qui pousse à la guerre aux lobbies pharmaceutiques et agroalimentaires – avec comme figure de proue Monsanto – qui nous empoisonnent quotidiennement. Dans cette perspective, les groupuscules identitaires voire néo-nazis ainsi que le front national ne semblent pas être les principaux ennemis. Leur capacité de nuisance paraît bien faible face à la prédation de la finance, des transnationales apatrides et des organes supranationaux. Il convient de hiérarchiser les combats et de réaliser le bon diagnostic sans attendre le retour de Jésus sur Terre…

Par Raf ou PasLe Verbe Populaire



[1]  C. Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, Champs.

[2]  J-C Michéa, Le complexe d’Orphée, Climats.

[3]    Parti politique qui est un conglomérat de divers courants (une auberge espagnole politique). Relativement opportuniste idéologiquement, le front national a su se renouveler au fil du temps. Il a, dans le paysage politique français, comme fonction – en plus d’épouvantail – de salir certaines thématiques comme le protectionnisme économique, la sortie de l’Euro et de l’Union Européenne créant ainsi la confusion. Se concentrant sur l’immigration, conséquence du capitalisme mondialisé dans lequel l’immigré est aussi une victime, le front national se focalise sur les symptômes et non sur les causes, sur une ligne ethnico-religieuse dangereuse. Omniprésent de la scène politico-médiatique, il est un acteur à part entière de la comédie politique qui nous est jouée et absolument pas un parti anti-système.

[4]  Par l’adoption de l’article 25 de la loi du 3 janvier 1973 puis de l’article 104 du traité de Maastricht (repris dans l’article 123 du TFUE), l’Etat français se voit dans l’obligation d’emprunter à ce qu’il est convenu d’appeler les marchés financiers, à des taux qui fluctuent selon la discipline des états devant le respect des « recommandations » des agences de notation et de tout le secteur financier. Il convient d’appeler cela la Banque. Ainsi, la rigueur budgétaire, le remboursement de la dette et l’impérieuse nécessité de compétitivité des états de l’Union Européenne est le seul et unique objectif. L’indépendance de la Banque Centrale Européenne et l’interdiction de prêter directement aux états conduit à des situations ubuesques : la BCE prête aux banques privées – à 1% – puis les banques prêtent aux états membres. Taux d’emprunt obligataire actuel : la France emprunte à 2,5 % ; l’Espagne autour de 5 % ; la Grèce autour de 10%. En droit, cela est qualifié d’extorsion. « L’extorsion est le fait d’obtenir par violence, menace de violence ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d’un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d’un bien quelconque ». De plus, la Banque, par le système des réserves fractionnaires et la création monétaire ex-nihilo, est assimilable à un « faux monnayeur » selon la formule de Maurice Allais. En d’autres termes, payer ses impôts au Trésor Public aujourd’hui revient à financer directement la Banque.


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