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La Grèce, cette tête de Turc

            « L’homme nait bon, c’est la société qui le corrompt. »[1] Par analogie une démocratie corrompue ne pousse-t-elle pas son peuple à la corruption ?

            Cet article est sommaire vis-à-vis des nombreux sujets qu’il aborde mais demeure suffisamment intègre pour comprendre ce qui se passe en Grèce ainsi que la raison qui pousse ce pays dans des situations extrêmes, tant sur le plan humain que socioéconomique.

            La corruption est le principal facteur qui bloque depuis cinq ans le moteur économique grec. Sans quoi « de l’argent, il y en a » comme disait l’ex premier ministre grec, Papandréou, fervent représentant du PASOK (parti socialiste), devenu milliardaire grâce à la corruption. Il enseigne actuellement aux Etats-Unis[2] et, en ce moment même à Sciences Po Paris où, comble de l’ironie, il monnaie ses conseils pour éviter la faillite à un pays[3].

            La hausse de la dette publique grecque depuis le milieu des années 2000 est entre autres due aux dépenses des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004 et à l’affaire des pots de vin de la vente d’armes par les Etats-Unis, la France et l’Allemagne. En effet, en 2009 et 2010, ces trois pays ont vendu à la Grèce pour 5 à 6 milliards de dollars d’armements légers et lourds avec de l’argent emprunté à ces mêmes pays. En réalité, il s’agissait notamment d’épaves vendues à prix exorbitant à la Grèce. Les politiciens ont touché des pots de vins colossaux pour ne pas faire la fine bouche et fermer les yeux sur cette escroquerie[4].

            Or la Grèce n’avait pas besoin d’armement puisqu’elle était déjà équipée. Mais l’Allemagne envenimait les relations gréco-turques pour convaincre la Grèce d’accepter cette malversation. De plus, cette vente a été honorée avec l’argent emprunté à l’Allemagne et aux Etats-Unis. Autrement dit, la Grèce a payé son vendeur avec l’argent qu’elle lui avait emprunté à fort taux d’intérêt…[5] Jugez plutôt de l’abus de pouvoir, de la pression et de la main mise induits par ce tour de passe-passe.

            Second exemple, auparavant en 2004, le budget initial des JO d’Athènes s’élevait à 4,6 milliards d’euros. Or ce sont plus de 20 milliards qui sont sortis des fonds publics au cours de cette période[6]. En réalité, de nombreux organisateurs des JO déposaient de fausses demandes de subventions, réclamant plus d’argent pour leur mandat et démissionnant dès que l’argent octroyé s’était envolé vers des paradis fiscaux. Ces pillages publics sont courants en Grèce. Les auteurs des vols sont étroitement liés à la cours des escrocs – entendez : la scène politique.

En Grèce, la corruption est monnaie courante

            Lorsque la Grèce reçoit l’argent des deux plans de sauvetage aux printemps 2010 (total 110 milliards d’euros) et 2011 (total 109 milliards d’euros), ce n’est pas un Robin des Bois bienfaisant qui le redistribue mais bien le gouvernement grec. Et d’une manière très concrète, le partage est l’occasion de pillages à gogo ; car tout bonnement, les politiciens se servent sans scrupule et sans modération dans cette manne qui ne leur est pas destinée – leur situation socioprofessionnelle les exclut du petit peuple laborieux, touché de plein fouet par la crise – en se versant l’argent du sauvetage sur des comptes offshore[7].

            De fait, ces pratiques de corruption sont paradoxalement autant connues du peuple grec qu’ignorées des autres nations européennes – j’entends même des Grecs dire : “Quand t’es politicien, ok tu peux voler, mais donne quelque chose au peuple, qu’il mange lui aussi.” Comme dans tout complot, les acteurs de ce drame sont de conscients schizophrènes car ils servent deux principes contradictoires : leur mission pour le salut du peuple et leurs intérêts personnels.

            Dans le contexte de la crise grecque, leurs promesses électorales et leur compte en banque sont en jeu. La zone euro et le FMI, acteurs du complot, sont conscients autant que le peuple grec de cette corruption, mais leur double casquette les contraint à faire l’autruche. Comment ne s’étonnent-ils pas qu’après deux plans de sauvetage la dette publique et le déficit budgétaire ne fassent qu’augmenter ? Les Grecs seraient-ils paresseux et profiteurs ? Trêve de plaisanteries, soyons sérieux : l’oppresseur, l’authentique profiteur que sont le FMI et le FME veut le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.

            Le plan de sauvetage du printemps 2010 était voué à l’échec et à la corruption (80 milliards d’euros prêtés par la zone euro et 30 milliards par le FMI[8]). Le FMI prête de l’argent à la Grèce pour pouvoir faire pression sur elle grâce aux fameux taux d’intérêts qui augmentent d’une année sur l’autre. Il est autant impossible qu’absurde de réclamer le remboursement de l’argent prêté le lendemain de l’application du plan de sauvetage.

            Mais c’est exactement ce qui se passe : chaque plan de sauvetage est suivi d’un plan d’austérité. Le premier plan d’austérité du 5 mars 2010 initié par Georges Papandréou est destiné à mettre en marche le remboursement de la dette publique à hauteur de 4,8 milliards d’euros[9]. Or cela est mathématiquement improbable. On ne met pas la charrue avant les bœufs. Pourquoi commencer l’austérité alors qu’elle est déjà au goût du jour ?

Illustration Rigueur de Lardon – http://lardon.wordpress.com

            Comment réclamer à un Grec dont le salaire mensuel est passé de 1000 à 600 euros du jour au lendemain, à la fois de nouvelles taxes (immobilier, voiture, téléphone, essence, alcool, cigarettes, etc.) et, de facto, un mode de vie plus cher ? Aujourd’hui, le gouvernement grec réclame plus qu’il ne donne à son peuple.

            Bien que le peuple grec soit conscient de la corruption, de la démagogie et de l’escroquerie dont il est victime, il ne peut pas agir assez efficacement pour prendre en main la situation. Alors, comme souvent, c’est chacun pour soi. Il ne reste plus qu’un seul recours, surtout aux plus démunis : corrompre autant que le système corrompu. Frauder, ne rien déclarer, payer comptant l’achat de sa dernière voiture et faire de la résistance économique en boycottant le système bancaire afin de fuir les institutions publiques et ses taxes. Ce comportement est autodestructeur et le peuple grec sait qu’il scie la branche sur laquelle il est assis – la question se pose : quelle issue ? manifestations violentes ou silencieuses, débats sur la place publique, autodérision… les efforts ne manquent pas.

Illustration Yannis Séféroglou

Illustration Yannis Séféroglou

La Graisse comme réserve monétaire

            Que l’on se pose des questions sensées : certains Grecs fraudent parce que la situation décrite plus haut les y contraint. Il faut donc sanctionner et taxer les vrais voleurs, à savoir les politiciens grecs ou étrangers, afin d’arrêter ce mode de sauvetage qui n’a de bénéfique que son nom.

Illustration René Le Honzec Dessin de presse

            L’UE et le FMI sont plus qu’en mesure de sauver la Grèce (rappelons-le : ils ont été conçus pour ce type de missions), mais il faut croire qu’ils font leur possible pour l’y maintenir. Les pays endettés constituent les réserves monétaires des pays riches puisque les populations assujetties à l’emprunt hypothèquent leur avenir sur plusieurs générations afin de survivre au jour le jour. Les pays prêteurs se garantissent ainsi leurs futurs bénéfices.

            On comprend que la Grèce soit dans une situation très critique : ces trois dernières années, le nombre de sans-abri a considérablement augmenté, le salaire minimum a été divisé par deux, le coût de vie doublé, les taxes augmentées et démultipliées. Le quart de la population active est touché par le chômage, dont 59,4% des moins de 25 ans et 33% des 25-34 ans. De plus, la Grèce est en récession économique depuis 2009. En 2008, le PIB était de 341,6 milliards USD avant de chuter à 249,1 milliards USD en 2012. Sans évoquer les chiffres astronomiques de la dette publique…

            Le propre d’un plan de sauvetage est d’être unique pour asseoir son efficacité. Dès lors qu’il y a répétition, il s’agit d’une vaste fourberie qui ne fait qu’aggraver la situation. Or un troisième plan de sauvetage est d’ores et déjà prévu pour le printemps 2014. L’UE compte ainsi sur la situation grecque pour renflouer ses économies et assurer sa pérennité, notamment en la poussant à louer, voire à vendre ses propres terres. Au mois d’aout 2012, les autorités grecques ont vendu aux enchères 19 îles non habitées, à 3 euros le mètre carré[10]. Depuis quatre ans, le Pirée – le fameux port de la côte athénienne – est loué à la Chine. La Grèce est la tête de Turc de l’UE et du FMI. Et sauver la Grèce de la crise diminuerait la croissance économique des pays « salvateurs ». L’économie politique internationale n’échappe pas à l’adage « le malheur des uns fait le bonheur des autres ».

            Si l’Histoire et les études en sciences économiques et l’expérience forgée par le temps montrent que l’on peut sauver un pays d’une crise financière, alors on peut aussi faire précisément le contraire.

            L’homme sait comment lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde.

            L’homme sait comment établir un développement durable.

            Mais voilà. L’homme ne fait pas les bons choix. Et cela aussi, il le sait.

Par Yannis Seferoglou, Le Verbe Populaire


[1]In Du contrat social ou Principes du droit politique, Jean-Jacques Rousseau, 1762.

[8] “«Le programme financier met 110 milliards d’euros à disposition de la Grèce sur trois ans pour lui permettre de faire face à ses obligations, les Etats de la zone euro contribuant à hauteur de 80 milliards d’euros, dont 30 milliards d’euros au cours de la première année» 2010, à un taux moyen de 5%, a-t-il ajouté.

L’instance dirigeante du FMI doit encore approuver officiellement sa participation de 30 milliards d’euros «dans la semaine», a annoncé son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, dans un communiqué. Mais son feu vert ne fait aucun doute. » http://www.liberation.fr/economie/2010/05/02/l-ue-et-le-fmi-apportent-110-milliards-au-chevet-de-la-grece_623872

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