Féminisme

Les avatars du féminisme

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Les femmes ont-elles une âme ? Question volontairement provocatrice qui aurait été débattue lors d’un concile[1], selon une légende encore entretenue par certaines représentantes de la gente féminine. Interrogation quelque peu anachronique semble-t-il aujourd’hui. Légitime et nécessaire, la lutte des femmes pour l’égalité des droits a rencontré un succès important en France durant la seconde moitié du XXème siècle[2]. Quid des enjeux contemporains ?

Parlons sans ambages, la femme – en tant que catégorie politique – semble rencontrer certaines limites[3]. Il convient de rappeler que de traiter les hommes et les femmes différemment ne revient pas inévitablement à les traiter de manière inégalitaire. D’emblée, précisons que le féminisme – entendu comme un mouvement politique et idéologique – ne se limite pas à la juxtaposition de revendications de droits. C’est une condition nécessaire mais en aucun cas une condition suffisante. Il doit aussi s’entendre comme une remise en question du système dans sa globalité dans lequel s’exercent lesdits droits. Et c’est là que le bât blesse. Ainsi, on inaugure un néo-féminisme qui est l’intégration à marche forcée de la femme au système libéral et capitaliste et non la critique dudit système. En somme, son assimilation au marché.

La thématique semble omniprésente. Clivante et stérile, la question oppose souvent des féministes névrosées et hystériques à des phallocrates médiocres et inconséquents pour assurer la pérennité du spectacle médiatico-politique. Partant de l’axiome qu’il n’existerait qu’un seul et unique modèle d’émancipation de la femme et que les enjeux pour sa libération n’ont pas changé, nous sommes sommés de nous positionner pour ou contre le féminisme.

Pluralisme des féminismes – L’hégémonie d’un féminisme ethnocentré et antireligieux ne permet pas de dépeindre un portrait fidèle de l’abondance de nuances et de courants existants. Des représentantes autoproclamées et stipendiées monopolisent la parole et l’espace médiatico-politique. Monolithique et simplificateur, le féminisme mainstream – pour ne pas dire lowcost – semble dans une certaine mesure un leurre permettant d’éluder les légitimes combats des femmes. Celles-ci doivent se réapproprier le débat, questionner la prééminence de ce féminisme ambigu et dénoncer la suprématie d’un seul et unique modèle de libération.

Lutte des classes et Doxa féministe – La question de l’émancipation de la femme est bien souvent enfermée autour des questions de mœurs et de libération sexuelle. Soulignons que toutes les formes d’oppression et d’exploitation doivent être dénoncées et combattues. Négligeant ainsi les questions sociales, le débat doit être restitué à l’aune de la lutte des classes. Sous couvert d’une légitime accession à l’autonomie financière et à l’égalité avec les hommes, celles-ci ont largement accédé au salariat[4]. Féminisation massive de la main d’œuvre. Mise sur le marché épanouissante pour la bourgeoise universitaire ou avocate, beaucoup moins pour la prolétaire technicienne de surface ou caissière. Serait-ce une question de classe et non de sexe ?

Prolétariat de substitution et Parité – A la lutte des classes s’est progressivement substituée une lutte des sexes souvent véhémente. La lutte contre le patriarcat et la domination masculine apparaît comme un combat d’arrière-garde voire un leurre en France pour masquer qu’ « il existe bel et bien une lutte des classes mais c’est la classe des riches qui fait la guerre et qui a gagné »[5]. Le prolétaire, personnage vulgaire et dépassé, incompatible avec la société du spectacle, a été remercié. A été retenue au casting politique : la femme. Question devenue quasi-mécanique chez le progressiste libéral-libertaire : combien y-a-t-il de femmes ? La parité – soit l’escroquerie féministe par discrimination positive – impose une égalité arithmétique absurde d’hommes et de femmes en dépit de tout bon sens. Le marxiste répondrait logiquement : combien d’ouvriers ? Les deux questions peuvent être articulées intelligemment mais la première ne doit, en aucune manière, se substituer à la deuxième.

Féminisme et Capitalisme – Les enjeux féministes ont changé. Les femmes se sont libérées du joug du patriarcat traditionnel pour se jeter sans retenue dans les eaux glaciales du marché et de la société de consommation. Dès lors, elles sont les principales victimes – avec les adolescents – de l’économie de marché. Doublement victimes du Grand Capital. D’une part, victimes car plus soumises au diktat de l’industrie publicitaire et de l’idéologie de la mode. Conséquence logique : la valorisation idéologique de la marchandise et la surconsommation de vêtements, de cosmétiques, de chaussures, de sacs… En somme, de produits manufacturés n’ayant aucune utilité intrinsèque. Une femme libérée serait donc une femme consommatrice. D’autre part, victimes par la réduction et la marchandisation de leur corps. Aliénation suprême.

Désir, Consommation et Hypersexualisation – Toute l’économie capitaliste est fondée sur le désir[6]. Jouissance de l’objet et pulsion de consommation. Cette tension est maintenue en permanence par la potentielle prodigalité de la société de consommation et l’illusion entretenue par l’industrie publicitaire. La récupération du corps de la femme par l’avènement d’une femme-objet réduite à une croupe et à une paire de seins ne semble plus choquer. Permettant ainsi l’érotisation de n’importe quelle marchandise pour susciter le désir chez le consommateur, provoquant quasi-mécaniquement une consommation transgressive[7]. La prétendue libération de la femme a été récupérée par le marché, par sa mise au pas selon des critères effroyablement contraignants et préjudiciables pour celle-ci.

 Les avatars du féminisme - Kaflagrand 2014

Représentation féminine et Symbole – Dans ce système marchand et publicitaire, les injonctions quotidiennes imposées aux femmes – et aux hommes – produisent des pathologies préjudiciables pour le « deuxième sexe ». Si l’ « on ne naît pas femme, on le devient », prétend Simone de Beauvoir ; il est une chose évidente, si une femme ne naît pas complexée voire anorexique, elle le devient et toujours plus précocement. Standard devenu incontournable et incontestable de la femme occidentale moderne et libérée : maigreur et nudité. Il convient de dénoncer les représentations dégradantes de la femme véhiculées par l’industrie publicitaire et musicale inondant notre imaginaire saturé, ainsi que la violence et la vulgarité largement diffusées par l’industrie pornographique qui ont d’importantes conséquences sur la représentation des femmes. Il serait malhonnête de considérer que ces symptômes prennent racine dans une conception traditionnelle et conservatrice plutôt que dans une modernité libérale et libertaire où le marché règne en maître.

Du féminisme à l’islamophobie – Rompre avec ce féminisme moderne s’impose ;  l’émancipation de la femme ne se pense que par la libération sexuelle – soit l’évolution illimitée des mœurs sous couvert de progressisme – et le dévoilement de son corps. Question éminemment clivante au sein du mouvement féministe : la religion et le voile. La conception antireligieuse et intolérante imposerait d’abandonner son port afin de se libérer pour enfin accéder à la modernité. Manifestation la plus abjecte : les Femens. Cette véritable croisade, d’une violence inouïe, exclut de fait certaines catégories de femmes. Cette aversion incroyable pour le religieux empêche l’émergence d’un féminisme plus équilibré, plus nuancé et plus fédérateur.

De l’égalité à l’indistinction – Adepte d’un égalitarisme abstrait poussé à l’excès et déconnecté de toute réalité biologique et anthropologique, l’idéologie féministe est en train d’accoucher d’une aberration : la théorie du genre[8]. Êtes-vous un homme ou une femme ? Inutile de regarder votre entrejambe ; le genre serait pure construction et production sociale, historique et culturelle. La bi-catégorisation biologique des sexes serait totalement arbitraire ; chacun devrait choisir librement son sexe. C’est la négation de l’altérité sexuelle qui repose sur le dualisme féminin-masculin. S’interroger vivement sur cette théorie ne revient pas à nier certains stéréotypes ou conditionnements culturels. Bien évidemment. Il convient d’envisager l’homme dans toute sa complexité et sa richesse : un être biologique, psychologique, historique, social, économique et spirituel. Tâche ô combien difficile, je le confesse.

Par Raf Ou Pas, Le Verbe Populaire

[1]    Débat qui aurait été engagé lors du Concile de Trente en 1545 ou lors du Second Concile de Mâcon en 585.

[2]    Pour s’en convaincre, il convient de partir du code napoléon de 1804 qui consacre l’incapacité juridique des femmes mariées, pour arriver à l’ordonnance de 1944 qui reconnaît le droit de vote et d’éligibilité des femmes en France.

[3]    Quel est le dénominateur commun, en France, entre une mère au foyer, une institutrice, une tradeuse, la « mère Bettancourt », une caissière ou la directrice du FMI ? Elles sont toutes, bien évidemment, perpétuelles victimes de la domination masculine et du patriarcat, enfermées sous le joug violent et humiliant de leurs pères, de leurs maris ou de leurs grands frères.

[4]    S. Blaize, Réflexion pour le féminisme ou pour un féminisme critique : « Au sein de la Première Internationale existait une section féminine, et de violents débats eurent lieu entre Marx qui la soutenait et Proudhon hostile au travail des femmes (pour des raisons dites humanitaires). En 1875, le Congrès, réuni à Gotha, refusa d’inscrire au Programme Officiel du Parti, l’égalité de l’homme et de la femme, en invoquant le manque de propagation de celle-ci à l’exercice des responsabilités politiques ».

[5]    Déclaration de Warren Buffet

[6]    Jean-Jacques Rousseau s’oppose violemment à Bernard de Mandeville autour de la « Querelle de luxe ». Selon ces derniers, l’économie capitaliste naissante substitue discrètement le besoin au désir fondé sur deux travers de l’humain: l’orgueil et l’envie. En d’autres termes, ce dont personne n’a besoin mais ce que tout le monde désire. Rousseau critique cette évolution.

[7]    Dany-Robert Dufour, La Cité perverse : Libéralisme et pornographie.

[8]    J. Butler, Trouble dans le genre ; il est à noter que cette théorie a d’ores et déjà intégré les manuels scolaires de l’éducation nationale, non pas en philosophie mais en sciences de la vie et de la terre, dans le secondaire.

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3 réflexions sur “Les avatars du féminisme

  1. Je trouve que c’est un bon article. En fait, je suis plutôt d’accord avec l’ensemble… sauf, évidement, sur le dernier paragraphe qui est un contre-sens total de ce qu’est le genre.

    Tout d’abord, la « théorie du genre » n’existe pas. En anglais, c’est « queer theory » (= theorie queer), et « Gender studies » (= les études de genre)… Autant dire qu’utiliser le singulier est une erreur, parler de théorie aussi. Il y a des études (c’est-à-dire que le sexe biologique devient un objet de questionnement et de recherche en tant qu’il est socialement construit dans un ensemble complexe de hiérarchisations liée aux stéréotypes de genre ou aux inégalités de classe). Les études de genre ont fait émergé l’intersectionnalité qui permet justement une lecture « classe, race, sexe », etc.

    En somme, les études de genre permettent de comprendre les femmes et les hommes dans leur complexité (là où certains discours vise à dissoudre « la femme » sous un concept général « homme »). Les phatasmes de dissolution du sexe biologique, de libre choix, etc., ne sont que des vus de l’esprit. Ils mériteraient d’être interrogés, surtout quand ils sont envisagés dans une perspective « complémentariste ».

    À lire : « Déconstruire, n’est pas détruire » (Judith Butler) – http://www.philomag.com/…/judith-butler-deconstruire-ce…

    Et c’est surtout une vision de « bio » c’est-à-dire de non-trans. Une personne trans’ n’est pas dans le choix ou dans le libre arbitre, elle est prisonnière d’un corps qui n’est pas le sien.

    En tous les cas, une excellente introduction… à quelques articles à venir.

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