Discriminations

Affaire Dieudonné, symptôme du choc des civilisations ?

La liberté d’expression et la pluralité des opinions sont les piliers fondamentaux de l’association. Dès lors,  les articles publiés n’engagent que leurs auteurs et en aucun cas l’association et ses membres

Décembre 2013 : sourcil froncé, œil noir et nervosité des mauvais jours. Le joueur François attend de savoir s’il devra mettre « tapis ». Il a tout misé sur l’inversement de la courbe du chômage avant la fin de l’année. Il attendait la quinte flush (royale), il devra se coucher dès le premier tour. Mais au poker, « ce ne sont pas les cartes qui font le jeu, c’est ce que vous en faites ». Ce slogan publicitaire, le gouvernement socialiste l’a parfaitement compris. Et dans ce jeu, l’une des règles est qu’il faut bluffer pour masquer votre faible jeu. Le bluff, c’est l’intrépide Manuel Valls qui le maîtrise le mieux. Moins de deux heures avant l’annonce des chiffres du chômage, c’est un communiqué du « sinistre » de l’intérieur qui fera la Une, détournant une nouvelle fois l’attention du quidam. Avec une simple paire, Dieudonné / Soral, Valls met « all in » et rafle la mise. Top départ de plusieurs semaines d’acharnement médiatique. L’ennemi public numéro 1 de la France a un visage ; celui d’un banquier de Goldman Sachs? Celui d’un patron du CAC 40 licencieux ? Celui d’un pédocriminel en réseau ? Non, celui d’un humoriste franco-camerounais : Dieudonné M’Bala M’Bala.

Décryptage et retour sur un emballement médiatique hors norme.

 

Un humoriste « qui ne fait plus rire personne » ?

Alors que l’establishment mondain s’attendait à une grande vague d’indignation contre l’humoriste incriminé, c’est avec une grande stupéfaction qu’ils  découvrent que celui « qui ne fait plus rire personne » réussit à remplir des salles de concert et qu’il dépasse même, à chaque vidéo postée sur internet, le million de vues. Certains journalistes, poussant l’investigation plus loin, vont même découvrir l’horreur… Loin de l’imaginaire des crânes rasés, le public de Dieudonné est composé de jeunes, de vieux, d’hommes et de femmes, issus à la fois de banlieues, de centres-villes ou de campagnes, revêtus pour certains de cravates et pour d’autres de survêtements, etc. La « France métissée » idéalisée par la gauche, qui a déserté depuis des années ses réunions publiques et meetings, se cachait en fait devant le Théâtre de la Main d’Or. Syndrome d’un peuple qui ne croit plus en ses élites, trouvant dans les « vannes » de Dieudonné ce que les orphelins de Coluche, Le Luron ou Desproges n’avaient plus. Dérangeant et impertinent, c’est pour certains une bouffée d’air au milieu du marasme bien pensant dans lequel l’humour français s’est pitoyablement glissé. Ce qui plaît, c’est évidemment le total décalage avec les humoristes low-cost que l’on nous sert régulièrement.  Abordant des sujets tabous, son impertinence rompt avec les blagues ennuyeuses sur les rapports hommes / femmes des autres artistes. Et même s’il faut reconnaître que certaines de ses provocations sont incompréhensibles, force est d’admettre qu’il reste incontestablement l’artiste le  plus talentueux de sa génération.

 

image article dieudo 1

 

Qui sème l’austérité récolte la Quenelle

Pendant que le « hollandisme révolutionnaire » se fait désirer, le gouvernement Ayrault s’enferme dans une politique d’austérité sur recommandation amicale et fraternelle de la Commission Européenne. Cette violence économique a définitivement fusillé le slogan «  Le changement, c’est maintenant ! ». Face à cette orientation libérale, aujourd’hui pleinement assumée, la tentation était bien trop séduisante pour inscrire sur l’agenda politico-médiatique une énième affaire de société afin de diminuer le « temps de cerveau disponible » pour nos lourds problèmes économiques. Une vieille recette traditionnelle dans ce camp de l’échiquier politique qui mériterait d’être insérée dans Le Prince de Machiavel. Un peu comme en 1983, avec le tournant de la rigueur qui coïncide avec la création d’une certaine main, non pas en or, mais jaune pipi…

Réduction des « dépenses » publiques, casse du code du travail, pacte de responsabilité, réforme des allocations-chômage, augmentation de la TVA (injuste selon Hollande-Ayrault en 2011, magnifique en 2014 !) Gauche / Droite, on s’y perd. La consommation électorale offre les mêmes produits économiques. Il est urgent de créer du clivage pour justifier une activité politique. La laïcité en danger ? Ce n’est plus crédible. Le complot antisémite semble plus adapté pour créer l’union nationale sacrée contre le retour des « zeureslesplussombres ». Ainsi le chevalier Valls[1] monte au créneau pour pourfendre les jeunes «  quenelliers antisémites » exprimant leur ras-le-bol politique autrement que par l’adhésion en masse aux «  jeunesses européo-socialistes ». Bande d’ingrats !

Antiracisme, liberté d’expression et indignation sélective

Dans une récente tribune intitulée « Pourquoi je ne soutiens pas Dieudonné »[2], l’intellectuel belge, Jean Bricmont, déclare :

« Dans le cas d’espèce, le fait qu’une bonne partie de la jeunesse « noire et arabe » se reconnaisse dans un humoriste que toutes les associations « antiracistes » (supposées défendre les dits « noirs et arabes ») cherchent à réduire au silence est un phénomène « symbolique » important. Cela devrait au minimum mener les gens de bonne foi à s’interroger sur la véritable nature du « combat antiraciste » dans lequel le plus gros de la gauche a cru trouver un substitut aux luttes sur le plan social et économique (et qui a ainsi, en fait, transféré les combats sur le plan symbolique, tout en prétendant souvent faire le contraire). Mais on ne peut revenir à ces luttes qu’à condition de résoudre la question symbolique et, pour commencer, d’admettre l’égalité devant la loi de toutes les formes de discours. »

Ces quelques lignes, d’une justesse remarquable, mettent le doigt sur l’inacceptable « deux poids deux mesures » et sur l’indignation sélective de ceux qui, depuis 30 ans, se sont autoproclamés défenseurs de la lutte antiraciste. Nous avons déjà eu l’occasion, et ce à plusieurs reprises sur ce blog, de dénoncer l’hypocrisie et les turpitudes des associations antiracistes institutionnelles mais la symbolique de l’affaire Dieudonné mérite que nous nous attardions dessus.

Ces dernières années, l’organisation des mouvements de luttes issus des quartiers populaires s’accélèrent, laissant de côté les cocktails Molotov et les poubelles brûlées pour choisir l’engagement, l’activisme et le militantisme. A cela s’ajoute l’arrivée sur la scène militante d’une nouvelle génération. Une génération externe au mouvement dit des « beurs » des années 1980, une génération nettement moins docile que les précédentes. Une jeunesse qui a vu et surtout analysé les conséquences des attentats du 11 septembre 2001,  les poussant à développer un sens de la critique hors pair pour déjouer les pièges (souvent médiatiques) des artisans de la théorie du choc des civilisations.

Parmi ces artisans, l’antiracisme institutionnel y joue un rôle de choix. C’est ainsi que ceux qui, en 1989, défendaient la jeune fille expulsée de son établissement pour port du voile vont, quinze ans plus tard, accompagner le droit à l’insulte du désormais très connu et islamophobe Charlie Hebdo, ce qui va définitivement jeter le discrédit et consommer un divorce sans retour entre l’antiracisme institutionnel et les quartiers populaires. Outre Charlie Hebdo, les mêmes faussaires vont aider le groupuscule des Femens à s’installer en France et à mener de nombreuses actions aussi provocatrices qu’inutiles à la cause qu’elles prétendent défendre. Elles vont en quelques mois brûler le drapeau de la profession de foi musulmane devant la grande mosquée de Paris ou encore se déclarer ouvertement islamophobes sur Twitter (en plein mois de Ramadan), sans oublier d’uriner dans l’église de la Madeleine. Notons que ces courageuses activistes ne feront pas preuve des mêmes gesticulations devant des synagogues. Y’aurait-il une discrimination à la provocation ?

Dès lors,  lorsque en 2003 sur le plateau de Marc Olivier Fogiel, Dieudonné « ose » s’attaquer à la seule communauté mais surtout à l’idéologie (le sionisme) qui jusqu’à présent étaient épargnées, la censure et la vindicte médiatique se mettent en branle. C’est évidemment cette situation totalement ubuesque que personne n’arrive à comprendre et qui amène aujourd’hui de nombreux citoyens, par bon sens populaire, à sérieusement s’interroger sur le « deux poids deux mesures » du combat antiraciste mené par nos élites.

Sionisme partout, justice nulle part – Quelle étape dans la théorie du choc des civilisations ?

Au verbe populaire, on évoque souvent cette théorie néoconservatrice du « choc des civilisations ». L’explication de ce(tte) paradigme/stratégie mériterait une longue série d’articles pour maîtriser et populariser les différents aspects de ce concept. Mais nous préférons renvoyer ceux qui ont raté un épisode pour comprendre de quoi on parle à cet excellent article[3] de l’Observatoire du néoconservatisme ou à une très bonne vidéo pédagogique dont les liens sont en note.

Quoiqu’on pense de l’affaire « Dieudoquenelle », celle-ci a le mérite de mettre en lumière le sujet technique et tabou du sionisme politique en France et ses conséquences sur les relations diplomatiques et en l’espèce, sur les affaires intérieures.

Dieudonné en rigole et fait rire sur cette question, les politiques bottent en touche, l’université effleure à peine la question.

Toutefois, on constate qu’en creux de chaque intervention sur la séquence Dieudonné / Valls, il est fait mention de cette théorie politique et du soutien ou non à la politique de l’état d’Israël.

Sans revenir sur les rappels salutaires des associations dites pro-palestiniennes concernant la distinction claire et nette entre l’antisionisme et l’antisémitisme, il n’en demeure pas moins que certains alimentent une confusion assez habile. Et bien souvent, ce ne sont pas ceux à qui l’on pense ou ceux à qui l’on voudrait faire penser.

Ainsi le CRIF et ses multiples membres qui, lors du célèbre dîner, évoquent plus les affaires diplomatiques et le business que la spiritualité juive, semblent vouloir sauter sur la moindre occasion de dérapage pour, en creux, interdire et faire interdire toute critique d’Israël. Comment ne pas évoquer la campagne de répression envers les  militants du BDS inspirés du modèle de boycott du régime de l’apartheid sud-africain[4] ?

Floue et ambigüe est aussi l’attitude de l’avocat en roller Arno Klarsfeld appelant à troubler l’ordre public pour faire interdire le spectacle et dont l’ambigüe posture nous interroge, mais peut-être avons-nous la réponse dans cette vidéo :

Sans oublier évidemment les appels à la ratonnade lancés par le site israélien JSS news contre les auteurs de quenelles, sans que cela ne provoque la moindre indignation.

Sans mauvais jeu de mots, la liste est longue…

Attention,  Séquence Point Godwin !

image article dieudo 2

Cette volonté de nazifier toute critique ou plaisanterie sur le sionisme risque insidieusement de cristalliser les tensions dans une société fragmentée et de plus en plus communautariste comme la nôtre. C’est là qu’entre en piste un avatar de la théorie du « choc des civilisations » dans les médias, faisant l’équation grossière :

 Dieudonné = musulmans des banlieues + nazisme = antisémitisme = juifs en danger = répression ou Aliya colonisatrice 

« Pile je gagne, face tu perds »

Une affaire déjà traitée dans un précédent article, «  Ratonnade ou lutte des classes ? »[5] ainsi que dans le documentaire de l’israélien Yoav Shamir «  Defamation », vidéo publiée dans le cadre de nos « Docus du jeudi », alertant la conscience éveillée du lecteur sur la manipulation du terme antisémitisme

De la manipulation aux propositions

En creusant on apprend par ailleurs que cette technique est une autre constante historique dans le triste sort des « Juifs » (au sens général : ethnique + religieux).  En effet, un historien honnête rappellera que le projet sioniste de l’oncle Théodore Herzl n’a pas été accueilli à bras grands ouverts par la majorité du petit peuple « juif ». Ainsi le BUND, « Union générale des travailleurs juifs », a massivement rejeté le projet sioniste avant la fameuse période de 1939-1945. Certaines élites par contre ont bien pris les contacts nécessaires pour organiser l’exode vers le Proche-Orient, jusqu’à entretenir des relations ambigües avec les nazis, les vrais, pas les lycéens à la quenelle (désolé pour le point Godwin !) et que la citation d’Alfred Rosenberg, cadre nazi condamné à Nuremberg en 1946, résume parfaitement :

« le sionisme doit être soutenu vigoureusement de sorte qu’un certain nombre de juifs allemands partent chaque année en Palestine ou que, du moins, on leur fasse quitter le pays ». [6]

Bref, on va arrêter de creuser, évitons les nausées…

Face à cette situation, on s’interroge, que faire ?

Est-ce que la saisie d’une commission parlementaire sur les importateurs de la théorie néoconservatrice du « choc des civilisations » serait appropriée ?

Doit-on officialiser et autoriser les lobbys et groupes d’influence afin de rendre transparente la vie politique française ?

Pour le mouvement civil et associatif, il est certain que l’on se doit de prôner le respect, la paix, la réconciliation et la fraternité parmi toutes les composantes de la société française. Pour cela il est nécessaire de remettre à plat les structures de pensées de l’antiracisme devenu trop institutionnel et accumulant ainsi 30 ans d’échecs.

Jouissons d’une liberté d’expression sans tabou, ni peur des différentes conceptions de la vérité ; partageons des moments de joie et d’humour au-delà des calculs politiques.

Enfin partageons avec notre ami, notre voisin, notre collègue qui tombe dans ce piège, la belle chanson d’amour et d’amitié universelle du regretté Daniel Balavoine tout en l’invitant à régulièrement s’instruire grâce aux nombreuses publications de ce blog …  :

Par Ouajdi Feki et Yakalelo, Le Verbe Populaire

Publicités

4 réflexions sur “Affaire Dieudonné, symptôme du choc des civilisations ?

  1. « choc des civilisations » c’st quoi çà ? Ce n’est pas la théorie de choc par hasard ? Ou je me trompe ?

    Bon article en tout cas 😉

  2. « force est d’admettre qu’il [Dieudonné] reste incontestablement l’artiste le plus talentueux de sa génération. » Cela n’engage que vous. Force est d’accepter que je ne suis pas d’accord avec vous.

    Le point Godwin n’a pas été touché. Fort heureusement ! C’est un raccourci, que dis-je, un amalgame de dire cela ! En effet ce n’est pas en disant « nazi » que l’on a touché le point Godwin. Sans quoi tous les manuels scolaires français le titillent sacrément ce point. Le point Godwin démontre la médiocrité d’une argumentation, d’un débat et la bêtise de ses locuteurs. C’est autoréducteur de dire cela. Et de l’annoncer comme un panneau de signalisation nous avertit d’un risque d’éboulement !

    Sans quoi, article réussi, qui fait mouche ! Quelques problèmes de formes subsistent je pense. Notamment la mauvaise utilisation de la ponctuation (notamment des guillemets) et quelques fautes (« inversion de la courbe… » les copains, pas « inversement ». Quand même !) Je trouve que vous avez bien su différencier les propos de Dieudonné (qui virent au drame lorsqu’ils sentent trop les références à Soral et Faurisson) et votre sujet central qui porte sur la théorie du choc des civilisations et le comportement de notre élite politique qui nous la glisse profond depuis trop longtemps.

  3. Excellent article, sans doute l’un des meilleurs que j’ai lu sur ce blog dont je suis un fidèle lecteur. Je suis loin d’être un dieudonniste mais les deux auteurs de ce billet ont su prendre le recul nécessaire pour décrypter les sous-sols de cette affaire. Bravo à vous

  4. Je suis d’accord avec l’analyse concernant la confusion entre antisémitisme et antisionisme. Donc avec l’idée que tout ça rend plus difficile la critique des actions de colonisation d’israel.
    Par contre, concernant la quenelle, j’ai pour ma part l’impression que ça se transforme en signe distinctif (et de reconnaissance) relayé par des sites et blogs parlant de théorie du complot… Idem pour l’image de Dieudonné (qui a mon sens a été effectivement victime en 2003 de son sketch raté et du cirque médiatique).

    Concernant le crif, je sais qu’il y a des assos juive qui dénoncent la politique israélienne et le fait que le gouvernement Français écoute trop le crif qui est trop laxiste (voir pire) sur la colonisation israelienne.

    Enfin, concernant Dieudonné moi j’ai beaucoup de mal avec le personnage car il porte des propos que je qualifie pour ma part d’homophobe/sexiste. Dans la plupart de ces vidéos et sketch il est question de mettre une quenelle, enfilé, bref sodomisé pour marquer un rapport de domination. Alors oui la sodomie peut être un viol (tout comme la pénétration vaginale) mais ça me dérange beaucoup que cet acte sexuelle d’amour soit ainsi présenté. Sans compter qu’il n’a pas hésité à parler de « bonobos qui baise tout ce qui bouge » en parlant aussi de Taubira au passage…

    Point manquant également, un argumentaire montrant que cet affaire est aussi une occasion pour Valls de prôner la censure du web et donc la mise en place de moyens de contrôle. Elle est bien loin la neutralité du net…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s