Education

Education et marché, vers un génocide culturel

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Incapables de se tenir debout, ils trottaient sur leurs coudes et leurs genoux ; ils étaient dépourvus de parole ; ils ignoraient l’usage des mains ainsi que l’existence du rire et du sourire. Du reste, ils avaient des désirs sexuels quasi inexistants. Ce n’est pas le portrait de deux animaux sauvages qui vient d’être brossé là mais celui de deux enfants, élevés par des loups, retrouvés en Inde en 1920 : Amala et Kamala. L’homme naît donc inachevé ; il est, en quelque sorte, prématuré à la naissance. La nature se voit ipso facto parachevée par la culture. Ce lieu commun philosophique permet de souligner l’importance fondamentale de l’éducation chez l’homme. Il est aisé de comprendre que l’éducation ne peut pas tout ; cependant, on ne peut rien sans elle.

Il y a eu dans l’histoire des mutations déterminantes ; significatif à cet égard est le passage du paléolithique au néolithique[1]. Notre civilisation moderne et libérale rencontre indiscutablement de profonds bouleversements, accompagnés d’une accélération du temps sans commune mesure.  Ne sommes-nous pas en train de vivre une (r)évolution civilisationnelle sans précédent avec l’émergence d’un homme  postmoderne et l’avènement de l’ère numérique ?

Tentons de faire un peu de prospective avec toute l’humilité et la prudence qu’impose ce délicat exercice. Osons même le catastrophisme éclairé : prévoir le pire pour l’écarter. A l’exception des propagandistes d’Etat en sociologie et en sciences de l’éducation, thuriféraires des diverses réformes de ces quarante dernières années, tout le monde s’accorde pour diagnostiquer une crise de l’éducation. La déliquescence de la capacité critique, la déréliction de la maîtrise de l’orthographe et de la syntaxe, l’appauvrissement du vocabulaire et l’effondrement de la concentration en constituent les différents symptômes.

Autonomie et Connaissance – Il convient de faire un rappel salutaire : un homme éduqué et éclairé est un homme libre et autonome. La question éducative est de facto éminemment importante. Celle-ci doit être pensée à la lumière des nouveaux enjeux démocratiques. Ces derniers sont uniquement appréhendés d’un point de vue institutionnel et procédural : organisation et séparation des pouvoirs, procédure de prise de décisions, élections, modes de scrutin… Néanmoins, il est impérieux de réfléchir au cœur même de la démocratie : le citoyen. Une société ne peut s’enorgueillir d’être démocratique si les citoyens ne sont que de simples consommateurs égoïstes et hédonistes disposant de trois cents mots de vocabulaire. Nous sommes nous-mêmes une menace pour notre liberté du fait de l’affaissement progressif de notre capacité critique et de notre culture commune.

Progressisme et Modernité – Notre civilisation libérale a une religion officieuse et non révélée. Celle-ci s’appelle la religion du Progrès. Elle a profondément influencé le marxisme et le libéralisme. Cette idéologie progressiste issue des Lumières postule, selon la maxime populaire, qu’ « on n’arrêterait pas le progrès ». Celui-ci serait inexorable et conditionnerait un sens de l’histoire. Célébrant le progrès sans aucune réserve ni aucune critique, la modernité paraît abandonner tout sens commun. Jean-Claude Michéa appelle cela Le complexe d’Orphée[2]. Toute référence au passé, tout regard en arrière constitue en soi une hérésie. Sacrilège durement condamné par un nouveau clergé social-libéral[3] dogmatique au sein duquel la moindre objection est balayée, qualifiant intempestivement son interlocuteur de réactionnaire. Phagocytées par un clivage grotesque et simpliste – opposant conservateurs et progressistes – les questions sont souvent mal posées. D’un côté la réaction, soit un désir chimérique de restaurer une époque révolue ; de l’autre le progressisme, soit une fuite en avant perpétuelle abrogeant toute référence au passé. Les deux idéologies constituent une impasse et font peser sur notre rapport à l’histoire et à notre culture des risques importants.

Education et transmission – Cette crise de l’éducation rencontrée dans toutes les sociétés modernes depuis plusieurs décennies est multifactorielle. Toutefois, un facteur s’impose avec force : la rupture de la transmission de la tradition[4]. L’enseignement et l’éducation puisent nécessairement dans le passé ; ils doivent assumer cette contradiction fondamentale entre ancien et nouveau en l’envisageant de manière dialectique. Hannah Arendt utilise ces formules : « Faire le lien entre le passé, le présent et le nouveau » pour « faire être nouveau ce qui a été »[5]. L’éducation ne peut être comprise sans la nécessité d’assurer une transmission aux nouvelles générations. Le continuum de la tradition est en train d’être brisé. Afin de ne pas froisser le progressiste honnête et de bonne volonté, évitons toute confusion. Assurer cette transmission ne doit pas être entendu comme une conservation figée et statique mais comme la succession d’un patrimoine commun vivant et dynamique. Celui-ci doit être renouvelé sans cesse. Il convient de se l’approprier personnellement et singulièrement, de le faire sien et en dernière instance, si on le souhaite, de le critiquer. De surcroît, cela implique d’une part, que l’adulte assume sa responsabilité et transmette cet héritage et d’autre part, que la nouvelle génération accepte de le recevoir. Une difficulté supplémentaire s’ajoute quand le divertissement vient se substituer à la culture.

Culture et Marché – Il est nécessaire de réintroduire la distinction capitale entre la culture et le divertissement. Le marché – cet ogre insatiable et prédateur – a dévoré la culture ; il l’a mise en charpie et a vomi l’industrie du divertissement. Ladite industrie marque le point de départ d’un véritable Kali-Yuga culturel. L’objet culturel est caractérisé par sa durée et sa permanence. A contrario, l’objet récréatif consommable est soumis à la mode et à son incessant renouvellement. Cette dernière crée indubitablement des conflits intergénérationnels par la disparition d’une culture partagée. Cette confusion entre culture et divertissement a été assurée par l’étroite collaboration du libéral, la droite capitaliste et sa foi inébranlable dans le marché, et du libertaire, l’extrême gauche et sa volonté de détruire toute la culture classique considérée à tort comme bourgeoise, source d’inégalités et de violence symbolique[6]. Nul élitisme ici puisque le même sort a été réservé à la culture populaire liquidée par l’industrie du spectacle. La nature ayant horreur du vide, ces deux facteurs concomitants ont permis l’irruption du marché dans deux institutions majeures : l’école et la famille.

Ecole et Savoirs – Autrefois, l’école républicaine ambitionnait de former des citoyens émancipés intellectuellement. Il ne s’agit pas ici de faire un éloge de l’ancien système éducatif. Toutefois, de nos jours, le seul impératif qui lui est imposé est de  fournir de la main d’œuvre docile, ignorante et qualifiée pour les besoins du marché, ainsi que des consommateurs égoïstes et narcissiques[7]. Ne se sustentant plus de littérature, d’histoire, de philosophie, de peinture ou de sciences – savoirs dépassés, pédants et profondément inutiles – cet homo economicus en est réduit à l’acquisition de compétences utilitaristes[8] pour survivre dans un marché du travail ultra-concurrentiel. Platon expliquait qu’à la base de tout enseignement, il y a l’amour de l’objet enseigné[9]. Tout savoir aujourd’hui est sujet de raillerie. Rien d’étonnant dans une civilisation libérale et capitaliste où l’argent est devenu la mesure universelle. Pour les Grecs, l’école est le lieu où l’on apprend à ne plus souffrir de ses propres passions. L’homme, et de surcroît l’enfant et l’adolescent, sont sujets à l’hybris. Eduquer consiste en partie à apprendre à être maître de soi et de ses passions. En d’autres termes, se gouverner soi-même avant de prétendre à se gouverner collectivement[10]. Seulement, l’altération de nos acquis émancipateurs fondamentaux – lire, écrire, compter – ainsi que la dispersion de l’attention chez les élèves soulèvent des inquiétudes  importantes et légitimes.

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Télévision et Dressage – D’une tradition de l’oral, nous sommes passés à une tradition de l’écrit puis, progressivement, à celle de l’ère du numérique. On m’objectera que tout jugement dépréciatif à l’égard de cette dernière mutation constitue une posture réactionnaire insupportable au XXIème siècle et qu’il convient de vivre avec son temps. Permettons-nous de soulever quelques interrogations face à cet enthousiasme excessif. La pénétration des écrans dans les familles a des conséquences non négligeables, en particulier sur la transmission intrafamiliale[11]. On ne discute plus ; on ne partage plus rien. Le nombre de télévisions et la durée d’exposition ne cessent d’augmenter. L’enfant est de plus en plus placé devant ce troisième parent avant même de savoir parler. Cette étrange machine cathodique destructrice de créativité, dresse les enfants à la consommation compulsive, en les colonisant psychiquement par la publicité. La télévision est, comme l’explique Bernard Stiegler, « une industrie de captation massive de l’attention »[12]. Les conséquences sur son développement cognitif sont considérables.

Numérique et révolution anthropologique – Victimes d’une surenchère effrénée de stimulations et d’un zapping permanent, nous sommes confrontés à de nouvelles formes d’abâtardissement. Nos chérubins sont profondément réceptifs et malléables, et sujets à des pathologies de saturation de l’attention provoquant l’épuisement cognitif. De manière générale, les nouvelles technologies participent à la destruction du lien social et des anciennes formes de sociabilité. Aux Etats-Unis, 10% des enfants de plus de 10 ans sont considérés comme des « hyperactifs avec troubles de l’attention »[13], avec comme remède la prescription de psychotropes. La distraction est de plus en plus appréhendée comme un problème psychique qui doit être traité avec des neuroleptiques. Cette (r)évolution civilisationnelle risque de produire des ilotes erratiques, esseulés et corvéables à souhait. Cet individu postmoderne semble assez fidèle à la société désirée par les sociétés transnationales qui gouvernent mais ne paraît pas remplir les promesses faites par nos responsables politiques démocrates et progressistes. Une question s’impose : nous aurait-on menti ?

Par Raf ou Pas, le Verbe Populaire

[1]    Cette période de la préhistoire connaît de profonds bouleversements avec l’adoption de l’agriculture, de l’élevage et un phénomène de sédentarisation des populations. Cette révolution néolithique et le passage symbolique de la pierre taillée à la pierre polie prennent fin avec l’invention de l’écriture et l’extension de la métallurgie.

[2]    J-C Michéa, Le complexe d’Orphée, la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, Climats, 2011.

[3]    La religion du progrès constitue pour l’essentiel le corpus idéologique social-libéral contemporain. Pour le reste, il convient d’ajouter un soupçon de lutte contre les discriminations, une pincée de lutte contre l’homophobie avant de verser tout cela dans un bouillon tiède de mondialisation. Bon appétit. A titre d’exemple, quelques définitions du parti socialiste données par l’inénarrable Vincent Peillon : « C’est le parti du mouvement, de la réforme et de la modernité », du très docte Jean Glavany : « Le parti de la science, du progrès et de la raison », et enfin du très puritain Dominique Strauss-Kahn : « le parti de l’avenir, de l’espoir et de l’innovation ». Tout est dit.

[4]    H. Arendt, La crise de la culture, Folio, 1972

[5]    Ibid.

[6]    Il a été interdit d’interdire depuis l’épopée estudiantine et libertaire de Mai 1968. Ce principe s’est imposé à peu près partout : dans l’économie de marché, la finance, les mœurs, l’éducation… Considérés comme subversifs et révolutionnaires, les acteurs de ce mouvement sont aujourd’hui aux responsabilités. Le Mai 1968 ouvrier est passé à la trappe. Il est donné en guise d’illustration les exemples personnels de Daniel Cohn-Bendit et André Glucksmann qui ont logiquement rallié le libéralisme économique pour engendrer le libéralisme-libertaire. Danny le rouge déclare même, décomplexé, qu’il est libéral-libertaire. Cette ultime étape du capitalisme vient submerger toutes les institutions dites traditionnelles pour assurer la domination totale du marché. Celles-ci assuraient, avec toutes les critiques qui doivent être faites, la fonction de digues pour retenir cette lame de fond.

[7]    J-C Michéa, L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Climats, 1999.

[8]    Platon distingue dans le Protagoras : la technè, l’apprentissage utilitaire visant la compétence dans une pratique, que l’on peut qualifier de savoir efficace ; et la paideia, le fait de recevoir une éducation pour devenir adulte et citoyen, que l’on peut appeler savoir de nature morale, politique et culturelle. Les deux étant bien évidemment nécessaires.

[9]    La question des programmes ne semble intéresser personne. De nos jours, la question éducative est réduite à la question pédagogique. Un enseignant est formé à enseigner, ce qui est nécessaire, mais la maîtrise de sa matière n’est plus déterminante. Rappelons que la source de la légitimité du professeur est son savoir. Il est à noter que le système éducatif a rencontré de nombreux changements avec le bouleversement des méthodes traditionnelles et la massification de l’enseignement. Massification appelée à tort démocratisation ; deux phénomènes qui ne sont pas identiques. La pédagogie moderne supprime la distinction entre le travail et le jeu ; le professeur est considéré comme un simple animateur. Beaucoup d’auteurs considèrent que l’autorité du professeur est le masque de la violence symbolique. Celle-ci serait préjudiciable pour l’élève. Enfonçons une porte ouverte : fondamentalement l’enfant se construit en transgressant la règle fixée par l’adulte. Bien évidemment, cette évidence n’est pas compatible avec la conception libérale de l’enfant – seul le bien être de celui-ci compte – où le simple fait de mettre une fessée est susceptible de se terminer devant les tribunaux. Il convient de distinguer cette conception dominante libérale avec les pédagogies dites alternatives comme les pédagogies Steiner ou Montessori qui doivent être intégrées pour une réflexion féconde. Eduquer ce n’est pas produire des adultes selon un modèle autoritaire. Eduquer c’est aussi, comme le dit le philosophe Olivier Reboul : « Libérer en chaque homme ce qui l’empêche d’être soi et de s’accomplir selon son génie particulier et singulier ». Nous sommes à mille lieues de cet ambitieux objectif.

[10]  D-R Dufour, Le divin marché, la révolution culturelle libérale, Denoël, 2007.

[11]  Les dernières innovations pédagogiques, qui sont largement influencées par le modèle éducatif américain, suggèrent ardemment la généralisation de l’écran comme support pédagogique. Certaines écoles françaises ont déjà passé des accords avec la PME américaine Apple pour la fourniture de tablettes numériques I-Pad. Changement de paradigme éducatif qui a pour objectif inavoué de remplacer les manuels scolaires puis les professeurs par des écrans. L’enseignant est incapable de rivaliser et de concurrencer le très séduisant I-Pad. Il est nécessaire de comprendre qu’eu égard au déficit public et à l’impérieuse nécessité de pratiquer l’austérité budgétaire, les dépenses liées à l’éducation vont devoir être réduites. Il faut impérativement payer les intérêts de la dette dûs à l’oligarchie financière. Certains auteurs arrivent à justifier cela en déclarant avec beaucoup de sérieux que la notation d’un élève par un professeur est largement subjective, totalement arbitraire et source de discrimination. Il conviendrait de noter selon des critères objectifs à travers l’usage du QCM où la maîtrise, le niveau de langue et la capacité à développer un raisonnement ne seront plus pris en compte. On n’arrête plus le progrès.

[12]  Esprit, Numéro 401, Inattention danger, janvier 2014.

[13]  Ibid.

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Une réflexion sur “Education et marché, vers un génocide culturel

  1. « Plus fondamentalement, ce que les professionnels des Mass Media Audiovisuels (MMVA) ont accompli durant les 20 ou 30 dernières années, c’est la diffusion et l’implantation efficace d’un climat psychologique qui a servi de levier à l’idéologie consumériste. Un climat au sein duquel la subversion du langage, les efforts incessants en vue de standardiser la manière dont nous percevons l’espace, le temps, les rythmes et les processus de communications humaines (audiovisuelles et personnelles) sont perçus comme « normaux ». En d’autres termes l’objet même du consumérisme, qui sature le rendement des MMAV est renforcé à de nombreux niveaux inconscients, par un processus caché et hiérarchique – avec son propre discours sociétal souterrain, où il apparaîtrait que nous sommes incapables (ou non désireux) de vouloir l’identifier ou de le reconnaître.

    Ce climat, soigneusement inculqué, injecté au plus profond de notre psyché par les formes saccadées et fragmentées des MMAV et par l’industrie du cinéma commercial à l’échelle globale – a entraîné chez nous une sérieuse diminution de notre capacité de concentration, un manque de tolérance pour des processus soutenus ou pour n’importe quelle forme de communication qui exigerait d’y consacrer plus de 10 secondes, une amnésie de plus en plus généralisée face à notre histoire (surtout chez les jeunes générations), un besoin perpétuel et accru de changements.
    Tout cela a permis de façonner une société manifestement plus privatisée, où règnent l’insécurité et l’agitation constante. Une société où la pensée compétitive, l’égotisme, le gain personnel et l’indifférence envers la violence et la souffrance deviennent de plus en plus la norme et où disparaissent la pluralité authentique et l’interaction communautaire.
    (…)

    Dans ce livre, je décris comment l’enseignement professionnel des médias endoctrine systématiquement les jeunes arrivants dans la profession à la pratique de la Monoforme (= dispositif narratif interne employé par la tv et le cinéma commercial pour véhiculer leurs messages : montage, structure narrative, séquences, bande son…) en forgeant avec le public une relation complètement hiérarchisée.

    LES UNIVERSITES, LES FORMATIONS D’ENSEIGNANTS,LES ECOLES DE CINEMA ET AUDIOVISUELLES, QUI DISPOSENT DE GRANDES RESSOURCES MATERIELLES, CONSACRENT LEUR TEMPS A FORMER DES JEUNES GENS A L’ART DE LA MANIPULATION DE MASSE. »

    Peter WATKINS, in Media Crisis, Collection Savoirs Autonomes, Edition Homnisphères, 2007.

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