Société

Du faux LSD et des électrochocs

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Cet article est le premier d’une série de trois articles consacrés à la question de la légalisation de toutes les drogues.

Attention l’usage de drogue est punit par la loi et  dangereux pour la santé

 

Personnelles ou collectives, matérielles ou imaginaires, concrètes ou fugitives, les idées viennent toujours de l’expérience. Je me dois donc de partir d’elles, de ce que j’ai vécu, de ce qui m’amène à vous écrire aujourd’hui, car c’est de là seulement que vous pourrez comprendre le sens et l’importance de cette question qui semble malheureusement close, et qu’il me semble aujourd’hui si nécessaire de rouvrir : faut-il légaliser les drogues ?

Je crois que oui. Tous les questionnements, et toutes les réponses sincères semblent converger vers cette unique solution, sans bémol, mais je commencerai tout d’abord par vous parler de cette excellente soirée, et de ces étranges rencontres qui ont attisé mon esprit vers ces saines conclusions.

A cette soirée ouverte et comblée d’une mince centaine de personnes, je trouvai rapidement mon homme et lui demandai du LSD (drogue hallucinogène et psychédélique) et de la MDMA (drogue euphorisante). Il m’amena donc les substances en question, et, à mon grand étonnement, je lus « 2CBFLY-NBOMe » sur l’étiquette du flacon de prétendu LSD. Lui faisant la réflexion, il admit sans réelle gêne qu’il ne s’agissait pas vraiment de LSD mais de ce qu’il appelait de manière plus familière et alléchante du « Dragonfly Bomb ». Je refusai et lui achetai finalement des amphétamines.

Ce 2CBFLY-NBOMe, dont l’existence m’avait été jusque-là inconnue, m’intrigua. Je m’étais renseigné le jour même sur cette toute nouvelle famille des NBOMe, parce que je m’étais vu proposer une substance proche, le 25I-NBOMe, la veille, en souhaitant acheter des buvards de LSD. Après avoir parcouru Internet, Wikipedia, les sites spécialisés (erowid.org) et les forums de consommateurs, pour en connaitre les dosages, les effets, les risques, les comptes-rendus d’expérience, etc. (comme je le fais toujours avant d’ingérer une substance que je ne connais pas), quelques hospitalisations et décès à dose moyenne, ainsi que de nombreux témoignages d’expériences désagréables m’avaient décidé à ne pas essayer ces NBOMe. Néanmoins j’avais eu de la chance d’avoir vu l’étiquette du flacon, car le monsieur ne m’en aurait sûrement rien dit.

Excité par l’amphétamine et la MDMA, je profitais de la soirée et croisai deux personnes au comportement inhabituel – je veux dire inhabituel pour un intoxiqué – sur la piste de danse.

Le premier, vingt ans environ, avait mis son T-shirt en turban (jusque-là rien d’exceptionnel), il dansa pendant plusieurs heures, répétant les mêmes mouvements indéfiniment. Le second, même âge, ne dansait pas. A peine il tanguait au milieu de la piste qui s’était un peu vidée. Tous deux avaient le même teint blême, les yeux vides et sans expression, les membres crispés, et, après leur avoir posé quelques questions anodines, je compris qu’ils étaient incapables d’articuler d’abord, et, par la suite, tout bonnement de parler : ils toisaient mes interrogations d’un air de vaches sacrées.

Le premier disparut. Effectuant mes allers-retours frénétiques, je recroisai le second à plusieurs reprises ; il oscillait entre des phases yeux ouverts, un poil plus présent, et des phases yeux fermés, parfois souriant, parfois grimaçant comme de peur, de paranoïa, ou de douleur. Plus les heures avancèrent, plus je remarquai cette lourde grimace douloureuse sur son visage.

Lorsqu’il quitta soudainement la piste, après y être resté quatre heures sans bouger, je mis quelque temps avant d’aller voir s’il allait bien, je veux dire s’il n’était pas en train de clamser. Il était dans l’autre salle avec ses amis, quant à eux drogués à l’alcool. Son teint blafard n’avait pas changé et il parvenait encore difficilement à parler, babillant comme un enfant de deux ans, mais il semblait aller mieux, ses yeux étaient ouverts. Discutant ( ?) Je lui parlai et il me dit avec difficulté qu’il avait fait une erreur. Lui demandant ce qu’il avait pris, il me répondit « une goutte dans le nez », c’était le Dragonfly Bomb. Un peu plus tard, il partit, le pas errant, emmené par ses amis qui lui tenaient le bras.

Une heure après, je croisai un autre garçon, avec la même mauvaise mine. Assis, crispé sur sa chaise, ne participant pas à la discussion, il regardait par terre. Je lui demandai si ça allait. Surpris, il me répondit qu’il allait mieux. Il me confia ensuite que les deux personnes derrière lui le suivaient depuis tout à l’heure. Paranoïa. Il me le répéta encore, inquiet. Quelqu’un d’autre, à côté, lui aussi étonné par son étrange comportement, me demanda ce qu’il avait pris. « La goutte de l’autre », lui répondis-je. Le malaisé, qui nous avait entendu, me dit alors d’un ton criard : « n’en prends pas ! » Je lui dis que je n’en prendrais pas. Il dit alors, à moi, ou à lui-même, je ne sus pas trop : « Je n’aurais pas dû en prendre, je n’aurais pas dû » et il marmonna encore, les yeux rivés sur le blanc cassé du carrelage.

L’allure de ces hommes, si je devais en donner l’image juste qu’elle m’inspira, était celle de quelqu’un fraîchement sorti d’une séance d’électrochocs crâniens.

Quoiqu’il en soit, je n’aurais pas voulu être à leur place. Mais pourquoi ces effets néfastes ? Parce que le 2CBFLY-NBOMe est très dur à doser (la fourchette entre le palier d’effet à 100 g environ, et le plafond de risque mortel à 1 mg, est très serrée, d’autant que ces chiffres ne sont pas scientifiques mais issus de témoignages), et parce que les lourdes vasoconstrictions (constriction des vaisseaux sanguins) qu’il provoque, peuvent provoquer nausées, paranoïa, malaises, voire convulsions et la mort. Alliez tout cela à des hallucinations, qui n’ont rien en soi de désagréable, et à un temps de conscience modifié, et vous pouvez partir pour un cauchemar long de six heures dont on ne se réveille pas sur commande…[1]

Il faut savoir que le 2CBFLY-NBOMe fait partie de cette grande famille de nouvelles substances psychotropes désignées sous l’appellation officielle et bienséante de « Research Chemicals » (RC – en français « Produits chimiques de recherche »), lesquelles sont vendues par de toutes jeunes entreprises sur Internet, en toute légalité, livrées directement au domicile à un prix extrêmement peu coûteux comparés aux drogues connues de longue date qu’elles cherchent souvent à imiter (ainsi la diméthocaïne pour la cocaïne, l’AL-LAD pour le LSD, méthoxétamine pour la kétamine, MDAI pour la MDMA, etc.)

Ces nouvelles drogues envahissent le marché bien qu’elles soient très peu connues quant à leurs effets à long terme, leur potentiel addictif, etc., et n’aient en général subi que de très rapides tests cliniques (contrairement à l’ensemble des drogues connues de longue date). En cela réside le danger, et la question de santé publique.

Car, à en juger par cette expérience observatoire, certaines d’entre elles agissent avec une violence néfaste, voire dangereuse, sur de nombreuses personnes. Mais ne pensez point que toutes ces substances, ces RC,  soient à bannir en tout et pour tout, bien au contraire, certaines sont d’ailleurs très (répétition certaines/certainement) sûrement de bonne qualité.

Disons-le simplement : ces gars-là ont vécu une sale expérience, avec une drogue sale, soit à leur insu, soit par irresponsabilité de leur part, ou naïveté (ils avaient l’air assez jeune et, je pense, relativement novices dans l’exploration toxique).

De nombreuses questions se posent alors : d’abord, faut-il en passer par là pour que les consommateurs de drogues, de plus en plus nombreux – je vous assure – problème avec les tirets. Celui du milieu est de trop je crois. et vous n’y pourrez rien – se responsabilisent ? Je ne crois pas qu’il faille ingérer de la merde pour savoir que certaines choses sont mauvaises. C’est ce qu’on appelle le partage des connaissances.

D’autres se disent sûrement déjà, à qui la faute de cette connerie ? Aux entreprises qui vendent cupidement ces produits sur internet, sans vraiment avoir fait tous les tests cliniques nécessaires ? Certainement oui. Au revendeur qui les a sûrement achetés lui-même sur Internet et qui les vend inconsciemment sans trop le dire, sans se cacher non plus et sans sûrement en connaître, les dangers pour ses acheteurs et pour lui-même ? Certainement oui. D’ailleurs, comment pourrait-il en savoir préalablement les dangers, puisque ces drogues sont nouvelles et jusque-là peu étudiées ? Ou est-ce la faute de ces gars qui en achètent et en consomment comme on mangerait n’importe quel brocoli ? Certainement oui.

Mais la justice n’a jamais réparé le passé, ni une vie, ni un cerveau.  Il est inutile de pointer les coupables car nous pourrions bien être tous au banc des accusés dans cette affaire. Et je vous le montrerai bientôt en commençant par vous expliquer plus en détail le phénomène des Research chemicals, aussi appelées designer drugs, la nouvelle configuration de la toxicomanie qu’ils expriment et ce qui en découle.

Par Antonin Roussel, le Verbe Populaire 


[1]
[1] Je tiens à faire ici une mise en garde. Les effets de cette substance particulière ne doivent pas amener le lecteur qui ne connait pas les drogues à croire que ce genre de comportement et de sensations sont usuels. Même des drogues réputées particulièrement fortes, tel que le LSD, ne m’ont jamais fait sentir intérieurement aussi mal que ces gars-là, ni ne m’ont donné cet aspect extérieur de détresse ou d’handicap – notamment une telle perte de parole. Je n’ai jamais vu non plus d’autres personnes sous LSD avoir ce genre de symptômes.

 

 

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7 réflexions sur “Du faux LSD et des électrochocs

  1. Salut Antonin, je ne comprend pas ton message en fait,en gros tu nous expliques que l’usage de la drogue c’est mauvais mais qu’il est plus ou moins bon de la consommer selon la qualité c’est ça? je m’y perds un peu.

  2. Salut Grisppal, en fait j’expliquerai par la suite où je veux en venir : la nécessité de légaliser les drogues. Le message de ce premier volet est surtout que les drogues ne sont ni bonnes ni mauvaises en globalité, mais que les bonnes – celles qu’on connait principalement – sont remplacées à la va-vite par des drogues de mauvaise qualité sur lesquelles on connait peu de choses ; et que certains en paient les frais.

  3. Bonjour Antonin,
    Vaste question épineuse qu’est celle de la légalisation des drogues.
    Tu parle de « bonne – celle qu’on connait principalement – (…) drogues ».
    Si tu parle de chocolats et autres cafés, je suis tout à fait d’accord avec toi. L’avènement de la consommation à énormément diminué la qualité de ces denrées. Mais a néanmoins augmenté leurs accessibilités.
    Si tu parle de drogues de la catégorie des stupéfiants, l’adjectif « bonne » serait peut être à définir?
    J’attend avec impatience la suite.

    PS : Si les deux protagonistes de cette aventure (ou les designer drugs) avaient su « doser » leurs produits, ils auraient passé une bonne soirée? ou pas?

  4. Par bonne drogue, j’entends principalement celles dont on connait les effets et les dangers : le plaisir ressenti reste libre à chacun, mais en ce qui concerne certains critères, les drogues connues ont fait l’objet de nombreuses études qui permettent de se dire que la datura est moins bonne que le cannabis, que le lsd est meilleur que la méthamphétamine, l’héroïne meilleure que la colle.

    Si les deux protagonistes avaient su doser leurs produits, ils auraient peut-être pu passer une bonne soirée ; mais de toute manière moins bonne qu’avec le LSD qu’ils cherchaient. En plus, la substance qu’ils ont prise est très dure à doser : les effets néfastes peuvent arriver à dosage faible chez certains, d’autres peuvent en prendre un peu plus sans badder, mais au-delà d’un seuil, assez bas, c’est forcément trop mauvais au niveau des effets physiques. Là est le danger que nous n’avons pas avec certaines drogues, connues pour ne pas être si « instable », et sur lesquelles nous avons d’amples renseignements.

    En gros, tu peux passer une bonne soirée à boire des bières premier prix, ta soirée sera sûrement meilleure si on te fournit de la bonne bière belge.

  5. Je t’assure que pour lier deux objets entre eux la colle est meilleurs que l’héroïne.
    La datura endommage moins tes spermatozoïde que le cannabis, et le méthamphétamine laisse ton cerveau dans un meilleurs état que le LSD.
    La terminologie est importante dans ce genre d’article.

    Et la 8.6 te fait passer de vachement bonnes soirées… 😉

    J’arrête de te titiller et attend tes prochains articles.
    C’est prévu pour quand d’ailleurs?

    • Je suis d’accord sur la 8.6, mais évite la dernière goulée, elle râpe la glotte!

      La suite est prévue pour mercredi. Et la fin dimanche a priori…

  6. Pingback: Des flics, du business et des rats de laboratoire | Le Verbe Populaire

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