Société

Légalise les drogues, citoyen !

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Cet article est le troisième et dernier d’une série d’articles consacrés à la question de la légalisation de toutes les drogues.

ATTENTION l’usage de drogue est interdit par la loi et son usage dangereux pour la santé

 

Après avoir vu de novices expérimentateurs de drogues se cramer les tempes avec du faux LSD, des businessmen avides vendre de la came inconnue à leurs rats de laboratoire – je suis bien sobre, mais lisez les précédents articles pour mieux comprendre –, et l’incapacité des interdictions à combattre les drogues nouvelles, qui sont légales par définition, nous arrivons enfin à cette idée que la légalisation de TOUTES les drogues est non seulement nécessaire mais bénéfique.

Résumons donc les arguments :

1) La légalisation des drogues permettrait un contrôle accru de la pureté des substances vendues (pas de produits de coupe) et des protocoles de production (pas de résidus néfastes), résolvant de nombreux cas d’accidents et de problèmes de santé.

Je rappelle à ce propos que l’héroïne, la drogue la plus mal vue de la planète – si injustement –, est une drogue très faiblement neurotoxique[1] et que, au grand dam de ces gens rationnels qui ne veulent pas écouter la science quand elle les dérange, une femme enceinte prend moins de risques pour elle et pour son enfant à sniffer une trace d’héroïne qu’à boire un verre d’alcool[2]. Mais ceux qui ne veulent pas savoir resteront dans leur ignorance… Cependant, me direz-vous, pourquoi ces morts ? Les produits de coupe, l’addiction (souvent due, comme pour l’alcoolisme, à des raisons génétiques ou sociales) qui mène à l’overdose involontaire, et l’exclusion sociale qui pousse au regroupement des consommateurs autour de leur déviance pour affronter cette exclusion (là, vous voyez, je vous le disais au premier article, nous sommes coupables). Et l’exclusion mène aussi parfois à l’overdose volontaire, autrement dit au suicide[3]. Le contrôle de la qualité et de la pureté des substances vendues permettrait donc déjà de régler les problèmes engendrés par les produits de coupe et/ou la vente d’une substance sous le nom d’une autre.

2) Elle permettrait d’effectuer des études approfondies des nouvelles substances autant que des anciennes, et donc d’informer vraiment les consommateurs sur les réels dangers de telle ou telle drogue.

Ledit consommateur, si on accepte de lui reconnaître une faculté de raisonnement, évitera donc les substances clairement dangereuses et/ou désagréables (comme ce 2CBFLY-NBOMe dont nous avons parlé par exemple), ou alors il en prendra, mais en connaissance de cause. Certains auront peut-être des comportements autodestructeurs avec ces substances (mais ne mélangeons pas tout, je vous le rappelle, ces comportements viennent d’autres facteurs, notamment sociaux : pensez à l’alcoolisme, pensez aussi à la colle, on peut en mourir et elle est disponible au coin de la rue). Il existe bien des substances ayant des effets dépressifs ou suicidaires, mais puisque chacun en sera dûment informé, quelle différence avec le fait de se mettre une pomme sur la tête et de demander à un ami de vous jouer le tour de Guillaume Tell ? A chacun sa prise de risque, à tout le monde de pouvoir être informé sur ces risques.

Repensez à l’alcoolisme, la prohibition américaine a-t-elle réduit la consommation d’alcool aux Etats-Unis et les dangers qui y sont liés ? Pour une fois, il semble que l’argument de « tout le monde va se mettre à se piquer si on légalise » n’a pas très bien fonctionné dans le cas de la prohibition de l’alcool : la légalisation semble plutôt avoir responsabilisé la consommation… Interdisez l’alcool, les alcoolophiles se mettront à la gnaule frelatée, tout comme les lycéens sniffent actuellement de l’héroïne – si tant est qu’il y a vraiment de l’héroïne là-dedans – coupée à la mort-aux-rats et à la caféine, à cause des interdictions (ne vous mentez pas, j’ai été professeur en lycée, je sais ce que j’ai vu).

Certains diront avec justesse qu’en légalisant des substances ayant un fort potentiel addictif, telles que l’héroïne, quelques consommateurs tomberont dans l’addiction, ce qui est bien entendu un mauvais résultat. Je leur répondrais que les héroïnomanes auront déjà plus de chances de ne pas mourir des produits de coupe, ou des différences perpétuelles de concentration de l’héroïne qu’ils achètent dans la rue[4]. Ensuite que l’héroïne est déjà, aujourd’hui, disponible à qui veut en avoir. Aussi, nous le verrons, que cette addiction serait plus facilement prise en charge si le toxicomane n’est pas diabolisé dans ses actes. Enfin, très important, que l’addiction ne peut pas être comprise comme un phénomène purement biologique, mais est très fortement liée à des facteurs psychologiques et sociaux – exactement de la même manière que l’alcoolisme. Ne sont-ce pas des facteurs psychologiques et sociaux – même sociétaux – qui poussent tant de jeunes gens à boire jusqu’à en vomir ? Et des gens de plus en plus nombreux à vouloir ingérer des psychotropes en général ? Ou est-ce l’alcool et les psychotropes les responsables ? Par analogie, l’augmentation de la violence sociale a-t-elle un unique fondement biologique ? Stimulus biologique-réponse, l’homme est-il si simple ?

Or il se trouve que la légalisation des drogues permettrait de réduire et de mieux prendre en charge certains importants facteurs de l’addiction, tant psychologiques (schizophrénie souvent exacerbée par l’isolement, mésestime de soi, sentiment de faiblesse et d’incapacité face à l’addiction, etc.) que sociaux (exclusion, déviance, criminalisation, etc.), ce qui aurait un impact positif conséquent, même en tenant compte des possibles impacts négatifs liés à l’attrait engendré par la disponibilité des substances en question.

3) Elle permettrait de réduire l’addiction par le simple fait qu’il serait possible – enfin ! – de se procurer une petite dose de drogue, par exemple deux à trois sniff de cocaïne, au lieu de devoir acheter un gramme comme cela se passe aujourd’hui, et de se retrouver avec ce pochon qui vous lorgne, et que vous devez impérativement finir, et vite, parce que ça ne se conserve pas toujours bien chez soi, et qu’on a payé.

4) Elle permettrait, comme je l’ai déjà évoqué, de réduire l’exclusion sociale, en amenant plus facilement les individus en phase d’addiction à en parler, à ne pas se faire juger (et se juger) aussi violemment, et donc, peut-être, de régler des problèmes avant qu’ils ne s’enfoncent.

Car même entre toxicomanes, la consommation de certaines drogues crée aussi des exclusions. La diabolisation sociale de l’héroïne pousse ainsi les héroïnomanes à s’isoler entre eux parce que tout autour la désapprobation est forte. Voilà comment celui qui hier fumait quelques joints avec son groupe d’amis se met à ne plus les voir pour se retrouver plutôt avec ses amis héroïnomanes. Et quand tous ceux autour de nous sont centrés sur une drogue, n’est-ce pas le meilleur moyen de ne pas pouvoir en sortir ? Mais ce raisonnement vaut pour tous les consommateurs de drogues, lesquels se créent souvent un groupe autour de leur « déviance » justement parce que se droguer est automatiquement définie comme déviance, tant par les autres que par soi-même. Tautologie : côtoyer les gens n’est-il pas la meilleure manière de ne pas les exclure ?

5) Elle permettrait d’avoir des lieux dédiés, sûrs et agréables, qui pourraient faire que le consommateur ne se sente pas obligé de se cacher, de se terrer dans son appartement, de s’isoler ; et aussi, pour les novices, qu’une personne avertie, informée, et formée pour, puisse leur expliquer les effets, les dangers, les choses auxquelles faire attention, les gestes préventifs et de secours, etc., et même que cette personne jette un œil sobre sur de possibles mauvaises réactions.

6) Elle permettrait de casser le marché noir.

Encore une fois, il y en aura encore, et des gens continueront de voler dans les magasins. Certains voudront toujours se fournir gros et moins cher au marché noir. Mais votre gamin de dix-huit ans, croyez-vous qu’il ira économiser deux euros pour essayer la kétamine illégale quand elle est en vente libre à côté et de bonne qualité ? Et puis c’est bien souvent à cause du monopole institué de ce marché noir que la consommation de drogue et l’addiction amènent des toxicomanes à devoir travailler pour des mafias et des criminels, ou à se lancer dans des actes illégaux, pour se fournir, pour rembourser ou autre.

7) Concernant les comportements adolescents envers les drogues, elle permettrait de ne pas donner la faveur de l’interdit, de celui qui fait le malin devant ses copains parce qu’il a pu avoir un pochon de – mauvaise – cocaïne. Allez voir si les néerlandais, qui vivent dans un pays où le cannabis est légal, se la jouent parce qu’ils fument des joints et fument des joints pour se la jouer. Ça, par contre, on le voit en France. Là-bas, non. Tout simplement parce que ce n’est pas interdit, ce n’est donc pas un exploit…

8) Un argument qui me sera sûrement confronté : si, par exemple, la France légalise toutes les drogues, alors les gens des autres pays viendront se fournir ici et créer du désordre! C’est possible, cela dit pour l’instant ce sont les Français qui ne sont plus bienvenus aux Pays-Bas, mais bref, au-delà des solutions techniques – comme être français pour pouvoir acheter ces substances, solution simple mais à réfléchir – je préfère encore que ce soit ce genre de substances de bonne qualité qui se retrouve sur le marché noir des autres pays… tout comme j’ai toujours préféré récupérer du cannabis néerlandais pour moi-même plutôt que ce haschich coupé au pneu ou à la paraffine qui traine partout dans nos rues.

Enfin, je pense avoir abordé les principaux arguments en faveur de la légalisation de TOUTES les drogues, et quand je dis toutes, c’est aussi le 2CBFLY-NBOMe, ou le fameux Krokodil, cette crasse, mais qui ira prendre ça ? Qui vendra ça si personne n’en veut ? Et je vous assure que peu de gens en voudront, parce que tout le monde saura qu’il y a mieux de disponible, et que cette substance n’est pas très bonne. Pour comparaison, la datura, une plante psychédélique très puissante et dangereuse, pousse sur tous les ronds-points de France, mais la violence difficilement contrôlable de ses effets fait qu’elle est très peu consommée. J’espère juste que personne ne vendra de la datura en la faisant passer pour de la marijuana ou des champignons hallucinogènes.

Vous pensez encore qu’en légalisant, nous tomberons dans une société de dépravés qui se drogueront à longueur de journée ?… Avez-vous si peu confiance en vous-mêmes pour croire qu’en essayant une drogue nous deviendrons sur le coup des toxicomanes incontrôlables ? Et puis, n’est-ce pas ce que nous faisons déjà, nous droguer toute la journée en fermant les yeux – café, boisson énergisante, Lexomil, antidépresseur, télévision (elle augmente les pics d’onde bêta au sein de votre cerveau, le mettant en phase de semi-endormissement), cigarettes, aspartame, etc.? On nous brosse dans le sens du poil, et de notre dépendance, en nous disant que le Lexomil c’est bien, en nous disant c’est bien le Lexomil parce que l’opium c’est mal.

Nous effleurons ici le seul argument de poids qui va à l’encontre de la légalisation des drogues. Dans notre société actuelle de capitalisme corrompu – un pléonasme –, l’Etat et les entreprises ne sont pas des acteurs dignes de confiance. Malheureusement, ils ne s’offusquent jamais de nous donner de la merde, des OGM, de la bouffe pour chien, des médicaments foireux, de l’ignorance et de l’asservissement. Alors, concernant les drogues, ils ne seront sûrement pas plus fiables que les mafieux ou les businessmen actuels… La nationalisation de ce marché pourrait être une solution, elle soustrairait la production à ces crevures d’entrepreneurs assoiffés de profit. Et encore, ce serait pour la remettre aux entrepreneurs d’Etat, assoiffés de pouvoir… Dans tous les domaines les producteurs honnêtes sont écrasés, les malhonnêtes promus. Et la recherche de profit, public ou privé, sur les drogues et les médicaments, est un problème majeur. Seule une gestion publique des drogues, vendues à une seule qualité – la meilleure – et à des prix fixés sur leur puissance psychotrope (le même prix pour une dose) pourrait casser le phénomène de concurrence et de marge qui pousse toujours vers le bas. Mais ce débat est autre.

La légalisation rendrait tout de même les choses moins obscures, et moins sales, comparée à l’état actuel des drogues, dont la production est réservée par la loi au marché noir et au marché gris.

Et puis la toxicomanie est un fait, de nombreuses personnes prennent des substances et en prendront encore. Alors arrêtons l’hypocrisie, parce que certains en meurent, et trouvons de réelles solutions pour garantir la santé publique et personnelle, parce qu’elles sont nombreuses dans ce domaine comme dans d’autres, et qu’interdire les problèmes ne les a jamais empêcher d’exister, bien au contraire…

Si après tout cela vous êtes encore pour la prohibition des drogues, pour moi, vous êtes alors pour l’exclusion systématique d’une partie non-dérangeante de la population, vous êtes pour que vos enfants gouttent des produits dangereux, pour que des businessmen véreux se fassent de l’argent sur le cerveau des gens et pour que la consommation de drogue mène directement à l’addiction.

Sur ce on se voit plus tard dans le coin, en espérant qu’on aura jamais de mauvaise surprise sur la MDMA, la cocaïne, l’héroïne, la DMT, le LSD, le speed qu’on a dans les poches, suant devant les gyrophares, et attendant, au choix – le vôtre – : la légalisation, la prison, ou l’hôpital.

Par Antonin Roussell, le Verbe Populaire

[3] Sur ce sujet, voir le film Oslo, 31 août, qui aborde très exactement, et avec justesse, cette question de l’exclusion et du suicide en lien avec la toxicomanie. On y voit assez bien que l’exclusion du toxicomane peut mener au suicide, et non uniquement la toxicomanie en tant que telle.

[4] De nombreux surdosages sont en effet dus à des fluctuations de pureté. Voir le rapport de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies. Lahaie (E), Cadet-Tairou (A.), Janssen (E.), Composition de l’héroïne et connaissance des usagers – Résultats de l’enquête SINTES Observations, Saint-Denis, OFDT, 2010, p.10.

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