Politique

Elections Municipales, l’abstention est elle si grave ?

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La démocratie de l’agglomération lyonnaise est, avec les prochaines élections municipales de mars 2014, comme la lessive ; nous aurons un « trois en un » : propreté, douceur et senteur. Dans les faits, les électeurs devront se déterminer à élire une équipe municipale sans réel pouvoir. Outre l’équipe municipale, ils mettront également en place les élus de la Métropole, avec son président, qui sera le vrai patron de nos communes. Cependant, sans le savoir, les électeurs vont également, de façon indirecte, élire nos futurs sénateurs qui, avec les députés, sont nos législateurs. Il faut donc nous méfier de ce discours consensuel où logos et sigles de partis politiques sont discrets ou effacés.

Différencier les élections municipales de la politique nationale, comme le prétendent beaucoup de candidats, serait-ce une duperie ? Outre ces questions, c’est une nouvelle fois non pas le score du FN qu’il faudra regarder mais plutôt l’abstention, révélant le désamour entre politique et citoyens…

Passer du scrutin local aux enjeux nationaux

Silence sur la politique nationale, discours consensuel, logos et sigles de partis politique discrets ou effacés, bon nombre de candidats aux élections municipales sont déjà tentés d’esquiver la question nationale. D’un côté, ils n’ont pas tort. En effet, les compétences de la mairie, collectivité territoriale, sont strictement définies et encadrées par la loi et le contrôle du préfet. A première vue, ce n’est pas dans ce contexte que l’on évoquera l’augmentation du SMIC, ni la question des relations diplomatiques…

Dans beaucoup de communes de notre agglomération et de nos arrondissements, nos candidats de tout bord concentrent leurs efforts intellectuels sur la maîtrise de l’urbanisme, une nouvelle crèche, une brigade de police municipale, etc. Pas de quoi créer du clivage s’étonnera un esprit honnête ! Pourquoi donc ne font-ils pas une liste tous ensemble ? Et puis, comme la plupart des compétences ont été aspirées par l’intercommunalité du Grand Lyon, donc de la future « Eurométropole »…[1]

Il est un point que ne souhaitent apparemment pas aborder les candidats, par omission, oubli ou maquillage. Il s’agit des élections sénatoriales de 2014. En effet, ce scrutin complexe et technique, mais néanmoins très important, se déroulera en automne 2014. Étant indirect, il ne concerne pas les électeurs lambda, mais les conseillers municipaux. Ceux-ci forment 90% de la base électorale des élus allant siéger au Sénat, deuxième chambre parlementaire après l’Assemblée Nationale, participant ainsi à l’élaboration de nos lois. Notons d’ailleurs que les sénatoriales sont les élections qui connaissent le moins d’abstentionnistes.

Cuisine, tambouille et politique : la recette magique

Pour espérer un siège de Sénateur, il faut dépasser les 600 élus.

En effet, les sénatoriales de 2011, qui ne concernaient pas tout notre département, ont donné une très courte majorité de 6 voix à la gauche faisant ainsi basculer le Sénat pour la première fois dans son histoire. Ce revirement est entre autre dû à la colère des élus locaux face à l’Acte 3 de la décentralisation. Cet Acte est perçu comme le big-bang : une catastrophe territoriale et institutionnelle pour les communes.[2]

Mais suite à la victoire de Hollande en mai 2012, ce bouleversement s’est amplifié avec l’annonce de création de la Métropole Lyonnaise[3] par Gérard Colomb et Michel Mercier en décembre 2012. Une confirmation des choix politiques de Nicolas Sarkozy diront certains…[4]

En ayant usé de leurs pouvoirs de Sénateurs pour modifier profondément les communes et créer ce mastodonte qu’est l’Eurométropole, les parlementaires Gérard Colomb et Michel Mercier sont-ils assurés d’avoir l’approbation des conseillers municipaux ?[5] Les paris sont ouverts. [6]

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Pulsion anticivique

L’autre interrogation de cette échéance est évidemment les futurs résultats du taux d’abstention qui seront scrutés à la loupe. Echéance après échéance, l’abstention est devenue le premier parti de France.

Paradoxe absolu, les Français et notamment les jeunes ne se sont jamais autant intéressés à la vie politique. Pourtant, ils seront nombreux à ne pas aller voter dimanche prochain.[7]

Les raisons sont diverses :  manque de transparence et de lisibilité du rôle des institutions, choix volontaire et délibéré bien souvent lié à un sentiment de trahison des promesses électorales. Parmi le reste des votants, on ne compte plus les votes « par opposition » à défaut de voter « par conviction ». Lorsqu’elles se présentent, les listes 100 % citoyennes, faute de moyens, ne dépassent que très rarement la barre des 5% et, scrutin proportionnel oblige, se soumettront docilement au second tour pour apporter leur soutien aux machines politiques en échange de quelques postes de conseillers.

De façon plus générale, c’est ce sentiment terrible que la politique ne peut rien pour résoudre les problèmes. Du logement à l’emploi, le clientélisme prime souvent sur la transparence et le respect des procédures. Les finances locales actuellement affaiblies[8] ont contraint nos gouvernants à mutualiser les échelons notamment à travers l’intercommunalité et demain au travers de la métropole. Le fait que les villes en difficulté aient accès à de nouveaux recours n’est qu’un leurre car les instances de décision demeurent inaccessibles aux citoyens ; malgré la stratégie malveillante de certains oligarques technocrates, les Français restent très attachés à leur mairie et à leurs élus locaux.

La démocratie prend l’eau et les barons sont sur le bon bateau.

Droit de vote des étrangers ! Encore eux ?

Dans ce panorama peu motivant, il convient également de souligner qu’une nouvelle fois, les étrangers extracommunautaires ne pourront pas s’exprimer, eux qui sont pourtant souvent investis dans la vie locale (monde associatif, petite économie locale, etc.). Cette promesse de campagne vieille de trente ans ne verra peut-être jamais le jour, renforçant le sentiment d’une citoyenneté à deux vitesses. Payer des impôts oui, voter non !

Là encore, les conséquences sur les scores de l’abstention, notamment dans les quartiers populaires, ne sont pas négligeables. Le civisme est souvent le résultat d’une transmission familiale. Avoir des parents qui votent pendant notre enfance nous aide à intégrer ces réflexes civiques. Ce n’est évidemment pas les quelques heures d’éducation civique au collège qui changeront la donne. Pour les jeunes de ces quartiers,  l’investissement dans la vie locale se limite souvent au folklore associatif et sportif, leur engagement dans les syndicats de logements ou les conseils de quartiers restant encore inexistant.

Enfin, pour terminer ce modeste billet, nous publions un court passage d’un précédent article paru sur ce même blog, il y’a aujourd’hui presque un an jour pour jour car comme le dit le proverbe « Verba volant, scripta manent : les paroles s’envolent, les écrits restent ».

« On peut sincèrement regretter que cette question du droit de vote des étrangers ne soit pas englobée dans une vraie réflexion sur le sens du vote dans notre démocratie représentative. Pourquoi ne pas s’orienter vers une transition pour une démocratie plus populaire et participative s’inspirant des visions sud-américaines ou suisse. Avec plus d’audace, la piste du tirage au sort[9] est une solution qui gagne en crédibilité. Ce changement de paradigme aura le mérite de sortir du bavardage de la manipulation électorale. Il faudrait toutefois la mentalité qui va avec ; on commence au café du comptoir qui offre plus d’originalité et de bon sens que le débat politique officiel. »

Par Ouajdon et Yakalelo, le Verbe Populaire


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