Féminisme

L’apparente vertu égalitaire

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« Le temps m’enseigne la sagesse alors que l’Histoire l’ironie » disait Mahmoud Darwish, le grand poète de la Palestine dans La terre nous est étroite. Tandis que les années 1930 et 1940 ont concouru à séparer et à hiérarchiser l’homme, voilà qu’aujourd’hui nous sommes entrés dans l’‪ère‬ de la grande industrie de normalisation de masse. Nous voulons à tout prix éviter les horreurs qui ont été perpétrées il y a plus de 60 ans. Cet épisode constitue un traumatisme puisque notre contemporanéité se caractérise par un handicap particulier : celui du rachat de la valeur humaine qui a été profanée à ce moment-là. L’inscription dans la tradition judéo-chrétienne est claire. Or, toujours est-il que nous ne sommes pas coupables des heures sombres de l’histoire. En revanche, nous sommes capables de nous désolidariser de cette culpabilité. Celle-ci créera dans quelques années, si rien n’est fait, et en miroir inversé, des humains autrement mais presque aussi monstrueux que ceux qui ont exécuté les taches des sociétés totalitaires, effet de compensation excessive oblige. La balance pourrait se rétablir par la tempérance de notre rapport à l’histoire. Mais non, le passé a de l’avenir. Tout est ainsi passé au crible normalisant : la culture, la politique, l’alimentation, l’identité sexuelle, le langage (et pourquoi pas une langue mondiale indigente pour unifier les peuples?). Toutes ces données convergent vers une seule et même destinée politique que partagent internationalistes et mondialistes ultralibéraux, main dans la main, de connivence involontaire qu’est : la destruction de toute spécificité et variété chez l’homme. Cependant, ce n’est pas parce que nous sommes différents que nous ne sommes pas égaux. Au contraire, nous ne serons plus égaux avec ce que nous nous devons d’être, c’est à dire humains, le jour où nous serons aseptisés par le filtre d’un packaging cosmopolite interchangeable pour pouvoir être éligible comme individu croyant à l’égalité des hommes. Etre égaux ne signifie pas annuler notre identité. La solution est de faire coïncider progrès et sagesse.

Combien de temps l’humanité va-t-elle continuer à répéter les spirales infernales de la réaction au passé sans se soucier de ce qui est juste et viable?

 

La généalogie de la vertu

Comment est alimentée cette réaction à l’histoire? Par hypocrisie, massivement. Rien n’est plus sournois que le masque de la vertu. Il est le levier dictatorial pour justifier le manque de discernement qui semble culminer ces dernières décennies. L’inquisition l’a fait, le monde moderne le répète. Le climat de notre société baigne ainsi dans une vertu absolutiste. Parallèlement aux tentatives de diabolisation dont font preuve les Végans à l’encontre de toute personne mangeant de la viande (tuant des êtres conscients malgré leurs critiques de l’élevage intensif), à la surprotection de soie « enveloppante » de nos enfants qui les empêchent de mettre la main sous le capot de l’expérience, aux inconséquences écologiques que j’entends parfois à propos du nucléaire (la France procure de l’électricité à la très vertueuse Allemagne ne l’oublions pas), à la censure multiple qui est mise en place afin de ne pas choquer les sensibilités de chacun, c’est toute une idéologie qui, aujourd’hui, se sert de cette culpabilisation comme blâme et de la vertu comme étendard. Et cet égalitarisme compulsif qui tente d’englober toute nos vies est avancé à outrance pour justifier parfois l’injustifiable. Il arrive que cet égalitarisme soit de bon aloi. Mais il arrive aussi qu’il soit utilisé comme stratégie démagogique, comme une promesse qui joue avec l’idéal des gens par effet de prestidigitation. Aussi, dans les deux cas, la vertu confère, aux faussaires qui s’en prévalent, un halo de pureté, immunitaire, avec comme rengaine :

« Mais quoi, tu es contre l’égalité? Tu es contre l’unification des peuples? Tu es donc xénophobe ». Le monde ne mérite pas que les choses soient approchées si grossièrement. Cette prétendue vertu étrangle le dialogue, calfeutre la justesse.

 

L’enfer est pavé de bonnes intentions

La théorie du genre est motivée pour régler des problèmes particulièrement sensibles dans notre société : la discrimination et les clichés sociaux liés aux sexes. Seulement, dans l’application, il s’agit là de mauvaises solutions. Les problèmes de société ne seront pas réglés et, en prime, en seront créés d’autres : un trouble de l’identité et du repère. Ce n’est pas l’humain qui doit être changé mais bien plus les structures dans lesquelles il évolue pour pallier aux discriminations. La condition de la femme doit être nivelée socialement et professionnellement pour que celle-ci soit autant reconnue que l’homme. En revanche, hommes et femmes ne doivent pas être confondus pour contrebalancer cette carence. Et la nature, même si elle est ici érigée comme modèle de base, comme première étape de la construction de l’homme, ne désigne absolument pas homosexuels ou transgenres comme non naturels. Par le même principe, c’est la structure de notre société qui doit être changée pour qu’ils aient évidemment leurs places légitimes et qu’ils ne se sentent plus ostracisés. On entreprend donc de confondre homme et femme par normalisation. Mais en quoi consiste-t-elle?

Nous voyons apparaître un chamboulement de notre paradigme qui concerne les signes linguistiques ou les codes sociaux du genre masculin ou féminin : plus de mademoiselle mais madame – plus d’école maternelle mais une première école – plus de il ou de elle pour les papas ou mamans mais l’apparition du très neutre parent – plus de jouets sexués pour les enfants au profit d’un ustensile aux allures d’androgyne platonicien. Mais qui donc a théorisé le thème du Genre? Judith Butler, une philosophe américaine qui a écrit deux ouvrages, Trouble dans le genre et Défaire le genre. L’application à l’école française de cette théorie s’inspire aussi du grand modèle scandinave qu’admire particulièrement Najat Vallaud-Belkacem. Mais est-ce vraiment un exemple?

Le féminisme forcené et la théorie du genre sont particulièrement présents en Scandinavie. En mai 2010, un nouveau nom est apparu en Suède, ce nouvel eldorado de la mouvance progressiste des sociaux-démocrates européens : Hen, rencontre de Han (il) et de Hon (elle), constitue un tout nouveau prénom neutre pour ne pas déterminer l’identité des enfants. Tout fusionne : les jouets, les disciplines sportives, etc. Le 12 juin 2012, Viggo Hansen, un député Suédois, a essayé de promulguer une loi interdisant aux hommes d’uriner debout au nom de l’égalité des sexes. On atteint des sommets d’ineptie. La Suède témoigne d’un engouement véritablement frénétique pour la neutralité sexuelle dans les écoles au point que cela en est inquiétant. On n’arrête pas le progressisme radical de ce pays. Leurs lois de 2010 sur l’éducation sont assez édifiantes : l’Etat peut retirer la garde des enfants de parents si ceux-ci donnent une éducation privée à leurs enfants. Il s’agit ici d’une forme très insidieuse de totalitarisme qui ce dernier, je le rappelle, se caractérise par l’embrigadement, l’endoctrinement des plus petits à une idéologie étatique.
L’application de la théorie du genre à l’école semble donc très dangereuse car elle fait ce qu’elle ne veut pas faire, elle détermine en fait involontairement. Car n’est-ce pas déterminer que de montrer un modèle neutre? La neutralité n’est pas « rien », en soi. La neutralité, ici, est une absence d’identité liée au sexe. Il faut laisser les enfants libres de faire leurs choix, ne pas les déterminer. Mais est-ce que le sexe détermine l’identité?

 

Le dilemme nature/culture ?

La théorie du genre ou le monde rêvé des anges est un ouvrage paru en 2014, écrit par Bérénice Levet, docteur en philosophie et professeur de philosophie à l’école polytechnique. Selon elle, il convient, d’emblée, de préciser que garçons et filles sont aussi déterminés par le réseau social. La discrimination se trouve au sein même des genres masculin et féminin. Mais là où l’application de la théorie du genre est insuffisante et donc dangereuse, c’est qu’elle s’éloigne de la nature au profit d’une culture toute déterminante. C’est à l’enfant de décider de son orientation sexuelle. Bien. En effet, il faut apporter de la liberté à l’enfant, le soustraire autant que faire ce peut aux gros canevas des idées reçues sur les sexes. Mais la nature n’est-elle pas aussi et en amont déterminante? Levet dit qu’ « il y a de la nature » et que celle-ci ne peut pas être modelée à souhait. Notre corps sexué détermine notre identité. L’évolution de la philosophie nous montre, notamment grâce à Merleau-Ponty dans Phénoménologie de la perception, que matière et esprit sont de même essence. De fait et à priori, notre corps détermine notre sexualité. Il existe évidemment des exceptions qui ne sont pas rejetées par le paradigme naturel. Tout cela s’inscrirait donc pour Bérénice Levet dans un processus individualiste dans lequel les individus sont obnubilés par la question de l’identité, du « moi », sans s’intéresser au monde plus vaste et plus enrichissant.

L’homme apparaît ainsi comme une conjugaison de la nature et la culture. La culture constitue en effet un champ d’influence extrêmement vaste. Ce n’est pas la théorie du genre en elle-même qui est remise en cause ici mais les moyens et les applications aberrantes qui sont mis en place, notamment dans les pays scandinaves, pour redéfinir le rôle de la femme et de l’homme dans la société et pour lutter contre les discriminations : la normalisation, la neutralisation. Et savoir où se situe la frontière entre le déterminisme de la nature et celui de la culture en est encore au stade de recherche. Cela semble impossible à élucider pour l’instant. Toutefois, des études scientifiques confirment ce postulat d’anti-dualisme qu’avance Levet. Les études qui sont présentées par le Dr. Baron-Cohen en Angleterre et par le Pr. Diseth en Norvège montrent qu’il y a bel et bien une prédestination homme/femme. Originellement et sans influences culturelles quelconque, les garçons se dirigent naturellement vers des jouets masculins et sont fascinés par des outils. Les filles, au contraire, ont une orientation pour les jouets féminins et semble fascinées par des visages humains. La thèse de Baron-Cohen montre qu’il y a bien des différences biologiques. Celles-ci sont d’ordre hormonal : plus la testostérone sera élevée, moins l’empathie sera développée. A contrario, plus le sujet masculin aura de la testostérone plus il sera fasciné par les structures mécaniques, abstraites ; bref, tout ce qui ne demande pas de comprendre l’autre, qui ne convoquera pas l’empathie. Cet article reprend en grande partie les exemples qui ont été avancés dans le reportage d’Harald Eia ci-dessous. Diffusé en 2010 en Norvège, celui-ci a fait supprimer l’Institut scandinave des études du genre, détruisant 40 années de certitudes sociologiques et anthropologiques et de pratiques retorses. Nous voyons donc que ce mouvement scandinave a été des plus friables, une mode qui s’est quelque peu éternisée… Aussi, le reportage nous montre que dans les faits, ce pays est assez traditionnel dans la façon dont les hommes et les femmes choisissent leurs métiers. Mais cette normalisation de l’identité est-elle la seule ? L’agronomie, la sociologie, les infrastructures sont aussi concernés. Cette normalisation commence à investir et à contraindre notre liberté individuelle. Elle s’inscrit dans un champ peut-être bien plus vaste qui, selon moi, est à mettre en perspective avec le mondialisme triomphant.

Par Marssoul Prest, Le Verbe Populaire

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2 réflexions sur “L’apparente vertu égalitaire

  1. Pingback: Le temps des c(e)rises | Le Verbe Populaire

  2. Article réellement intéressant !!! Très plaisant à lire, mais j’avoue ne pas partager ton opinion quand à cette problématique de « Nature ».

    Si les garçons et les filles ont une attirance vers les jouets respectivement genrés, tel que les outils et la dinette pour reprendre ton exemple, n’est ce pas parce qu’il y a un phénomène d’imitation chez l’enfant qui pousse les enfants à reproduire ce que font leur père ou mère selon le sexe de l’enfant ?

    Si la mère était au garage et le père au fourneau, les garçons de ces familles ne joueraient-ils pas plus à la dinette ? Tandis que les filles construiraient Mécano et autres ? (évidement il faudrait que toute la communauté, tout l’entourage de cette famille lembda fasse de même pour qu’elle ne soit pas le contre exemple).

    Et pour en revenir à cette « nature », finalement, à travers cet article veut dire que nos gènes sexuels définissent nos comportements ? (c’est l’impression que j’ai avec ton passage sur la testostérone, d’ailleurs un exemple féminin aurait été de bon augure)
    Si c’est le cas, je te revois aux études de Serena Rodrigues Saturn. Elle déterminera en effet que les comportements d’empathie et de confiance sont déterminés par certains gènes, gènes existant chez certains hommes et femmes en proportions différentes, en gros sans corrélation avec le sexe.

    J’attends avec impatience ta réponse 🙂
    à bientôt !

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