Culture

Une croix gammée pour tous !

La liberté d’expression et la pluralité des opinions sont les piliers fondamentaux de l’association. Dès lors, les articles publiés n’engagent que leurs auteurs et en aucun cas l’association et ses membres.

Dessinée à la hâte au marqueur noir sur un lampadaire grisonnant en rentrant du lycée, gribouillée entre deux étages d’un ascenseur HLM à la manière d’un petit doigt d’honneur fait dans le dos à la racaille bougnoulesque voleuse de pains au chocolat croisée quelques minutes plus tôt dans l’allée, enfin placardée fièrement dans sa chambre sur fond rouge et inclinée à 45° sur un disque blanc en nostalgie d’un temps où l’occupation de la France n’était pas celle que l’on connaît actuellement, la croix gammée¹ ou « croix à crochets » est censée susciter l’horreur absolue de notre histoire moderne, la montée des extrêmes et les soupirs féconds de la bête immonde qui attend son retour. Ainsi taguée de manière provocante sur le mur d’un lieu de culte, elle est pour l’auteur un signe de résistance et d’espoir en un monde meilleur, pour le pratiquant du culte un signe de persécutions et de frais de nettoyage et pour quelques associations un signe de subventions publiques, de demandes d’audience dans les médias et de restriction des libertés publiques. Tout n’est qu’une question d’interprétation et de placement dans ce serpent qui se mord la queue. Pour le Verbe Populaire, sans avoir à réinventer l’eau chaude ni se faire une entorse au cerveau, il est intéressant, par le biais de cet article, de remettre modestement en lumière quelques éléments faciles d’accès qui permettront de porter un autre regard sur ce symbole « maudit » par notre époque.

Une présence universelle dans le temps et l’espace

La croix gammée est communément définie comme un type de svastika²  représentant un porte-bonheur, une représentation du soleil ou de la force, et géographiquement située dans les Indes. Il semble moins évident de reconnaître que sa présence est beaucoup plus étendue.
Avant d’entrer dans les détails de sa signification, observons la récurrence de ce symbole au sein de différentes civilisations.
Voici quelques photos classées et triées de manière arbitraire puisque les exemples sont beaucoup trop nombreux pour tenir dans un article :

 

 

Une signification profondément religieuse

De manière générale et peu importe le sens de rotation³ , le message du svastika véhicule le bonheur, des pensées positives avec quelques variantes selon les cultures, qu’il serait impossible de synthétiser ici. L’interprétation qui suscite notre plus vif intérêt pour la rédaction de cet article est celle de René Guénon¹.

Celui-ci révèle, en prenant le svastika comme une figure horizontale, l’importance de l’axe de la croix qui, à la différence du mouvement circulaire des « branches », ne bouge pas. Ainsi est représenté le symbole de l’immuabilité d’un principe transcendant. Le svastika serait le « signe du Pôle » lié à l’ancienne « tradition primordiale »; sa trace présente dans les multiples civilisations témoigne de son caractère universel, mais son sens aurait été oublié au fil du temps par les formes de religions actuelles. Pour saisir cette notion il faut passer par l’explication de la notion de « centre du monde », point de départ de toutes choses, image de l’Unité primordiale. A partir de son irradiation, toute chose est produite sans altérer son essence. Une conception retrouvée dans le symbolisme numérique avec le Un (Unité), qui produit la suite des nombres. Dans la figure du cercle avec le point, le cercle est le Monde et le point, le Principe de l’Unité. Un parallèle peut être fait avec la symbolique fréquente du Soleil, « Cœur du Monde », ce qui explique que parfois le svastika était perçu comme le symbole du Soleil et donc un symbole dit « solaire ». Le cercle est le Monde, ne pouvant exister sans le Principe de l’Unité, alors que ce dernier se suffit à Lui-Même. La figure de la croix, rayons reliant le point et le cercle, ajoute un sens cyclique divisé en autant de parties que de rayons. (4, 6, 8 – roue hindoue, rouelle celtique, les 12 rayons du Zodiaque).

Par ailleurs cette idée d’irradiation à partir du centre est observable dans la symbolique de certaines fleurs comme la rose, (Rose-Croix) évoquant l’épanouissement de l’être.

Pour compléter, le rapport du cercle à son centre est la rencontre des points opposés figurée par les rayons / branches se neutralisant et définissant l’équilibre. Le juste milieu entre deux extrêmes. Le cercle en rotation exprime le changement auquel sont soumises toutes les choses manifestées, mis à part le point unique central qui se suffit à lui-même et ne bouge pas mais reste le moteur de ce changement. « Le Principe immuable est donc en même temps, et par là même que tout ce qui existe, tout ce qui change ou se meut, n’a de réalité que par lui et dépend totalement de lui, il est, disons-nous, ce qui donne au mouvement son impulsion première, et aussi ce qui ensuite le gouverne et le dirige, ce qui lui donne sa loi, la conservation de l’ordre du Monde n’étant en quelque sorte qu’un prolongement de l’acte créateur ».²

On retrouve la même illustration avec une sphère autour d’un axe fixe, complétée par la mise en valeur de deux points de la sphère qui demeurent fixes dans la rotation. Ces deux points, extrémités de l’axe, sont les Pôles reflétant l’idée du point central. C’est donc ce que représente le svastika. Un mouvement de rotation autour d’un axe immuable qui est l’élément essentiel de ce symbole. L’axe immuable donne mouvement à toutes choses, les rend vivantes, il symbolise donc la vie ou « le rôle vivifiant du Principe par rapport à l’ordre cosmique ». La comparaison du svastika avec la croix dans cercle révèle comme seule différence le tracé de la circonférence par les angles droits ajoutés aux branches de la croix du svastika. Ainsi la circonférence volontairement incomplète du svastika, laissant sous-entendre une représentation du Monde, indique que le symbole est celui de « l’action du Principe à l’égard du Monde ». La même explication peut être faite avec le Chrisme constantinien ☧ encerclé.

Un élément supplémentaire de définition est à connaître au sujet du Centre. Comme il est un point de départ, il est également un point d’arrivée. Tout part de lui et tout y revient, puisque rien ne subsiste en dehors de lui. Ce lien représenté par le rayon ou la branche rejoignant les points de la circonférence peut être parcouru dans les deux sens opposés. Du point au cercle, du cercle au point. Un mouvement centrifuge complété par un mouvement centripète. Comme une respiration. L’illustration qui convient le mieux est celle du cœur, le sang part du cœur, se répand dans l’organisme pour le faire vivre, puis repart au cœur. Ce retour au Centre est symboliquement représenté par l’orientation rituelle, l’intention de se diriger vers le Principe Divin³ . L’idée d’être à la fois le début et la fin se retrouve, selon Guénon, dans la formule « l’alpha et l’oméga »¹ (que l’on retrouve par ailleurs à l’ouest et à l’est du Chrisme), et dans le « Aum » ॐ des hindous (Om) signifiant les trois aspects du Verbe divin, commencement de toutes choses (aspect producteur Brahma = A), leur support (aspect conservateur Vishnu = V) et leur fin (aspect transformateur Siva = M)².

 

Hitler et les nazis, des profanateurs politiques

Au regard des éléments de définition ci-dessus sur le caractère hautement sacré du svastika, rien n’aurait pu laisser penser que ce symbole devienne celui de l’horreur absolue, la marque de la bête.

Croquis d’Adolf Hitler

 

C’est en mai 1920 que la croix fut utilisée publiquement la première fois par le Parti ouvrier allemand (Deustshe Arbeiterpartei, DAP) avant qu’il ne devienne le parti national-socialiste (Nationalsozialistische deutsche Arbeiterpartei, NSDAP). Mais c’est en 1921, après qu’Adolf Hitler prend la tête du mouvement, que la croix gammée prend la forme que nous connaissons : en noir, inclinée à 45°, dextrogyre, sur un disque blanc sur fond rouge³ .

C’est dans son livre Mein Kampf¹ qu’Hitler présente les réflexions autour de l’adoption de ce symbole. « Moi-même, cependant, après de nombreuses tentatives, je m’arrêtai à une forme définitive : un rond blanc sur fond rouge, et une croix gammée noire au milieu. Après de longs essais, je trouvai aussi une relation définie entre la dimension du drapeau, la grandeur du rond blanc, la forme et l’épaisseur de la croix gammée. Et c’est resté ainsi ». C’est évidemment par la volonté de se revendiquer d’une filiation avec l’antique « peuple aryen » que la croix gammée fut adoptée dans un marketing politique assez astucieux pour exprimer entre autres la destruction de l’Ancien Monde pour en bâtir un Nouveau. Les Aryens étaient perçus comme une « race » panthéiste supérieure aux sémites monothéistes, ceux-ci ayant envahi l’Europe du Nord et ayant eu les Germains comme descendants. Cette explication simple ne doit pas occulter l’importante influence de mouvements ésotériques autour de la construction du parti nazi et de la pensée politique d’Adolf Hitler.

Dans le conglomérat d’organisations qui composent le mouvement völkisch² , un certain Lanz von Liebenfels, moine cistercien, fonde l’Ordre des Nouveaux Templiers avec pour emblème un svastika entouré de quatre fleurs de lys et entretient une revue, Ostara, dans laquelle il développe ses théories autour de la « race aryenne ». Hitler en fut un lecteur très assidu. Mais l’organisation incontournable dans l’approche du symbolisme nazi est la Société de Thulé³  possédant évidemment comme symbole le svastika.
(Afin de ne pas surcharger cet article qui se veut général, nous invitons le lecteur à se reporter aux reportages joints à ce paragraphe sur le mysticisme nazi).

On ne reviendra pas sur le bilan de ces aventures politiques…
Ce qui nous intéresse est la critique de l’utilisation du svastika par la sphère nazie au regard de son origine véritable.
Evidemment la meilleure critique, simple et courte, nous vient de René Guénon : « Nous laissons entièrement de côté, cela va sans dire, l’usage tout artificiel et même anti-traditionnel du svastika par les « racistes » allemands qui, sous l’appellation fantaisiste et quelque peu ridicule de hakenkreuz ou « croix à crochets », en firent très arbitrairement un signe d’antisémitisme, sous prétexte que cet emblème aurait été propre à la soi-disante « race aryenne », alors que c’est au contraire, comme nous venons de le dire, un symbole réellement universel ».¹

Un universalisme largement confirmé par les découvertes archéologiques mais qui ne semble apparemment pas suffisamment important pour détacher le svastika de la profanation nazie. Inutile de s’attarder sur la représentation mentale que suppose la « croix gammée » dans notre sphère politique. L’habituelle polarisation nazi/anti-nazi.

logo-antifa

 

Un symbole maudit de notre époque. Quel sera le prochain ?

Cette conclusion d’article est sans doute la motivation profonde de sa rédaction, en dehors de l’appel à traquer les images de svastika dans « google images ». On évoque souvent que la religion ne doit pas se mêler de politique ; force est de constater que c’est souvent l’inverse qui arrive, provoquant des dégâts beaucoup plus profonds. Notre belle époque nous livre certains exemples d’utilisation de symboles sacrés mis en avant à des fins purement politiques au sens gestion-conquête d’un pouvoir exclusivement matériel. Quand l’être humain se pense le responsable unique de la marche du monde, quand il s’autoproclame représentant du divin en y transposant, même involontairement, ses passions et ses faiblesses, il prend le risque d’une coupure et d’un rejet du monde spirituel qu’il prétend pourtant vouloir remettre en lumière. Un certain dicton n’évoque t-il pas « qu’un extrémiste croit qu’il peut protéger Dieu, alors que le croyant sait que Dieu le protège » ? Une nuance d’un intérêt non négligeable qui va au-delà du statut facebook que l’on poste pour rassurer ses proches que l’on n’est pas dans une secte. L’inversion des rôles, des règles, des valeurs n’est-elle pas l’un des éléments parmi d’autres de définition du satanisme ?

Le premier exemple nous venant à l’esprit est bien entendu l’étoile à six branches, dite « étoile de David »² , arborée sur le drapeau de l’Etat israélien fortement critiqué au sujet des conditions de son existence et plus particulièrement sur sa politique d’apartheid et de colonisation, provoque malheureusement un rejet et une caricature de ce symbole sacré. L’association mentale directe au sionisme occulte la forte symbolique originelle et crée le flou dans sa compréhension.

Le deuxième, tout aussi actuel, est l’utilisation des étendards marqués de la plus précieuse phrase monothéiste, l’attestation de foi musulmane, brandie par une multitude de groupes armés « autoproclamés » djihadistes oscillant entre résistance nationale à l’occupation et la violence la plus extrême, quasi-diabolique, avec bien souvent un rôle géopolitique plus que douteux³ , pourrait également provoquer le même rejet que la croix gammée.

Enfin, une réflexion similaire pourrait être envisagée avec la fameuse pyramide du billet de 1 dollar¹ et figurant dans bien d’autres endroits…

 

Vers une réhabilitation ?

Il peut paraître évident qu’au regard de certains éléments, la malédiction posée sur le svastika et les risques pesant sur d’autres symboles sont disproportionnés et interrogent une possible réhabilitation. La question mérite d’être posée. Il serait stupide de laisser le monopole de la croix-gammée aux crypto-nazis

 

Par Yakalelo, Le Verbe Populaire

1 Croix gammée car les quatre parties de la croix ressemblent à la lettre gamma (Γ) de l’alphabet grec.
2 Du sanskrit « su » et « asti » que l’on peut définir par « qui porte bonheur ». Un idéogramme chinois le nomme « Wan » et se traduit également par « bonheur ».
3 Dextrogyre quand il tourne vers la droite, Sénestrogyre quand il tourne vers la gauche.
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Gu%C3%A9non
2 René Guénon, L’idée du Centre dans les traditions antiques, Revue « Regnabit », Mai 1926.
3 Comme en Islam, avec la direction de la prière « la Qibla ».
1 Apocalypse de Jean, 22 :13 « Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ».
2 http://www.cesnur.org/paraclet/archive_2.htm / http://fr.wikipedia.org/wiki/Om%CC%90
3 Le rouge, le blanc et le noir étant les couleurs de l’empire allemand.
1 Mein Kampf, tome 2, chapitre VII. Livre qui, contrairement aux rumeurs, n’est pas interdit et est considéré comme un document historique. Cour d’appel de Paris, arrêt du 11 juillet 1979.
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%B6lkisch
3 Pour un résumé : http://www.youtube.com/watch?v=xTBDRPWgi_M ET/OU http://www.youtube.com/watch?v=YS9SV4LWAzQ
1 René Guénon, Le symbolisme de la Croix, 1931.
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89toile_de_David http://fr.wikipedia.org/wiki/Sceau_de_Salomon_(l%C3%A9gende)
3 Référence inutile, un suivi régulier de l’actualité suffit.
1https://www.google.fr/search q=pyramide+sur+le+billet+de+1+dollar&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ei=W2KdU5_MIMiPOKamgdAJ&ved=0CAYQ_AUoAQ&biw=1366&bih=600
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